Google a habitué toute une génération aux Chromebook, mais le plus difficile commence

Googlebook announcement
(Crédit photo: Google)

Pour les générations récentes d'étudiants, les Chromebook sont devenus omniprésents. Ces ordinateurs portables abordables et pratiques ont trouvé leur place dans les salles de classe américaines et bien au-delà. Ils servent aussi bien à faire les devoirs qu'à rédiger des dissertations et d'autres travaux scolaires.

Mais une partie de ces élèves arrive désormais à l'université ou entre sur le marché du travail. Acheter personnellement un ordinateur portable représente alors une décision bien différente de l'utilisation d'une machine fournie par son établissement. Apple tente justement de séduire ce public avec le MacBook Neo.

Google n'a toutefois pas l'intention de rester les bras croisés. Le lancement récent des Googlebook constitue une déclaration d'intention particulièrement claire.

Loin des Chromebook économiques que les élèves ont l'habitude d'utiliser, les Googlebook, comme l'Acer Googlebook 14, sont des ordinateurs premium. Ils fonctionnent avec un nouveau système d'exploitation fondé sur Android et proposent une intégration poussée des smartphones, ainsi que des fonctions d'intelligence artificielle reposant sur Gemini.

Après des années passées à utiliser Chromebook et ChromeOS, certains de ces étudiants pourraient être tentés de rester dans l'écosystème Google en grandissant, même lorsque leurs besoins informatiques deviennent plus exigeants.

Mais la familiarité suffit-elle à convaincre ? Le MacBook Neo d'Apple et la multitude de PC Windows plus abordables constituent des alternatives sérieuses. Ces deux écosystèmes occupent déjà une place considérable dans les entreprises et la vie quotidienne.

Acer Chromebook Plus line

(Image credit: Acer)

L'école de Chrome

Google a lancé son projet Chromebook en 2011, initialement comme un ordinateur portable destiné au grand public. Mais le succès est surtout venu de l'éducation, un marché longtemps dominé par Windows. Les Chromebook y ont trouvé leur place grâce à des machines peu coûteuses, une administration informatique relativement simple et les outils scolaires développés par Google.

Michael Boreham, analyste principal chez Futuresource, a expliqué à TechRadar que les Chromebook ne représentaient que 16 % des ventes américaines d'ordinateurs portables destinés à l'enseignement primaire et secondaire en 2013. À la fin de l'année 2015, leur part atteignait déjà 50 %.

Depuis 2020, les Chromebook représentent entre 61 % et 67 % des livraisons annuelles d'ordinateurs portables aux écoles américaines. Un niveau de domination remarquable.

Cette réussite a conduit des millions d'étudiants à passer leurs années de formation avec le système d'exploitation et les applications de Google. Des services comme Google Docs et Google Drive sont également disponibles sur Windows et macOS, ce qui permet de conserver ces habitudes au-delà de ChromeOS.

Mais ces ordinateurs étaient généralement choisis par les établissements scolaires, et non par les élèves eux-mêmes.

« Lorsque les étudiants passent des appareils fournis par leur école au choix de leur propre ordinateur portable, leurs préférences s'éloignent généralement du matériel imposé par leur établissement pour se tourner vers des produits correspondant à leurs besoins personnels et à leur mode de vie », explique Boreham.

Googlebook launch

(Image credit: Lance Ulanoff / Future)

De vieilles habitudes, de nouveaux ordinateurs

Carolina Milanesi, présidente et analyste principale de The Heart of Tech, établit une distinction importante entre le fait de connaître les logiciels Google et celui de vouloir acheter les ordinateurs de la marque.

« Ce qu'une décennie de Chromebook a créé, c'est une familiarité avec les outils de Google : Docs, Drive, Classroom et Gmail », explique-t-elle. « Ces services fonctionnent dans un navigateur sur n'importe quel ordinateur portable. Cette familiarité accompagne donc l'étudiant partout où il va, y compris sur Mac. »

« Pour la plupart des étudiants, le Chromebook était un appareil attribué par l'école, souvent peu coûteux et soumis à des restrictions. Il reste donc davantage associé aux devoirs scolaires qu'à un ordinateur qu'ils auraient personnellement choisi », ajoute Milanesi.

L'étude Student Journey de Futuresource, menée auprès d'étudiants aux États-Unis et au Royaume-Uni, révèle que la durabilité, le rapport qualité-prix, la capacité de stockage et l'autonomie figurent parmi les principaux critères d'achat.

« L'attrait d'Apple est puissant auprès des étudiants universitaires, grâce au positionnement particulier de la marque comme symbole de style de vie et à la force de son écosystème intégré, avec une continuité fluide entre iPhone, iPad et MacBook », souligne Boreham.

Lorsqu'ils choisissent une marque, les étudiants tiennent également compte de sa compatibilité avec leurs appareils existants, de sa réputation et de leur expérience précédente. La majorité des étudiants universitaires interrogés indiquent par ailleurs payer leur matériel eux-mêmes ou utiliser des prêts et aides financières liés à leurs études. Le rapport qualité-prix prend donc une importance particulière.

Cela constitue un obstacle évident pour les Googlebook : leur prix. Au Royaume-Uni, les ordinateurs démarrent à 999 livres, contre 599 livres pour le MacBook Neo, voire 499 livres avec la réduction Éducation d'Apple. La comparaison française est tout aussi révélatrice. Les Googlebook sont annoncés à partir de 1 099 € en France, mais l'Acer Googlebook 14 est affiché à partir de 1 199 € au prix conseillé par Google, alors que certaines références sont commercialisées chez des revendeurs à 1 299 €. En face, le MacBook Neo est proposé à partir de 799 € en France, ou 699 € au tarif Éducation. Beaucoup des meilleurs ordinateurs portables pour étudiants restent également nettement plus abordables.

Les consommateurs choisissent beaucoup plus souvent leur ordinateur personnel en fonction du téléphone qu'ils ont dans la poche que de celui qu'ils utilisaient en classe.

Carolina Milanesi, présidente et analyste principale chez The Heart of Tech

Il s'agit bien sûr de machines différentes. Mais un écart de plusieurs centaines d'euros devient difficile à ignorer lorsque le rapport qualité-prix constitue un critère aussi important.

Milanesi doute donc que Google puisse facilement convaincre : « Ce sera difficile. Les jeunes acheteurs ont d'un côté des MacBook proposés entre 499 et 599 dollars, de l'autre des ordinateurs Windows à tous les niveaux de prix. Une nouvelle plateforme demandant un tarif premium représente davantage de risques pour l'acheteur. »

Il reste également la question des logiciels. Être habitué à Chrome est une chose, mais les étudiants universitaires peuvent avoir besoin d'applications spécialisées que leurs Chromebook scolaires n'avaient jamais eu à exécuter.

« Si les Googlebook parviennent à égaler ou dépasser les performances des MacBook et des PC Windows, tout en donnant accès aux applications essentielles, comme la suite de retouche photographique d'Adobe, ils pourraient gagner des parts de marché auprès des étudiants quittant le secondaire », explique Boreham.

Pour Milanesi, l'immense base d'utilisateurs de Google ne suffira pas. « Googlebook doit transformer cette familiarité en achat, ce qui implique de faire de l'ordinateur Google un produit désiré, plutôt qu'un choix par défaut », affirme-t-elle.

Chromebook Windows

(Image credit: Corel)

L'éléphant Android dans la pièce

Le principal avantage de Google se trouve peut-être déjà dans la poche de ses futurs clients : leur smartphone Android.

« La base d'utilisateurs de téléphones Android représente la plus grande opportunité », explique Milanesi. « Les consommateurs choisissent beaucoup plus souvent leur ordinateur personnel en fonction du téléphone qu'ils ont dans la poche que de celui qu'ils utilisaient en classe. Et Apple a passé des années à démontrer combien la continuité entre téléphone et ordinateur favorise les ventes de Mac. »

Des fonctions comme Cast My Apps permettent aux utilisateurs d'accéder aux applications de leur smartphone depuis un Googlebook. L'application Fichiers peut également récupérer directement les photos et documents enregistrés sur un téléphone Android. Il s'agit du type d'expérience connectée dont les utilisateurs d'Apple profitent depuis plusieurs années, et d'un argument important pour Google face à Windows.

« Face à Apple, Google propose davantage une équivalence qu'un véritable avantage », estime Milanesi.

Mais si ces ambitions paraissent intéressantes sur le papier, l'expérience n'est pas encore parfaitement fluide. Lorsque nous avons testé l'Acer Googlebook 14, son matériel et son intégration de l'IA nous ont impressionnés. En revanche, connecter un smartphone Android s'est révélé plus compliqué que prévu.

Milanesi souligne une autre limite : « L'intégration complète du téléphone nécessite Android 17. Cela réduit le nombre d'utilisateurs pouvant en profiter au lancement, compte tenu de la lenteur du déploiement des mises à jour Android. »

Chaque Googlebook comprend déjà un abonnement d'un an à Google AI Pro. Mais Milanesi estime que des réductions étudiantes et des offres groupées plus compétitives pourraient contribuer à rapprocher le prix global de celui du MacBook Neo. L'arrivée de modèles moins chers permettrait également à Google de toucher un public plus large.

L'intégration complète du téléphone nécessite Android 17, ce qui limite le nombre d'utilisateurs concernés au lancement.

Carolina Milanesi

Gemini pourrait également permettre à Google de se différencier, même si Milanesi estime que son importance n'a pas été suffisamment mise en évidence lors du lancement. « J'aurais aimé que Gemini soit davantage présenté comme un élément moteur de l'expérience globale », explique-t-elle.

Les Googlebook pourraient donc profiter de la génération élevée aux Chromebook. Mais leur réussite immédiate dépendra probablement davantage des smartphones que ces étudiants utilisent aujourd'hui que des ordinateurs portables qu'ils manipulaient à l'école.


Adrien Bar Hiyé
Senior Editor

Quand je ne suis pas en train de plonger dans le monde fascinant de la finance et des nouvelles technologies, vous me trouverez probablement en train de parcourir le globe ou de conquérir de nouveaux mondes virtuels sur ma console de jeux.

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