Face à Photoshop et Lightroom, Zoner Studio mise sur autre chose que les gadgets IA

Photographer and tech journalist Tim Coleman holding the Sony RX10 V bridge camera up to his eye in a nature reserve, with dramatic clouds behind him
Tim, le brillant rédacteur en chef de la rubrique « Appareils photo » chez TechRadar, fait l'expérience des aléas des prises de vue sur le terrain (Crédit photo: Tim Coleman)

Zoner Studio nous avait déjà séduits lors de son premier test en 2025. Le logiciel combine des outils inspirés de Lightroom et de Photoshop pour les photographes, avec plusieurs avantages convaincants face aux deux solutions d’Adobe.

Notre équipe a récemment testé de nouveau ce logiciel de retouche et d’organisation photo à l’occasion de son importante mise à jour estivale. Il a même obtenu une meilleure note en 2026.

Nous avons donc échangé avec Thomas Urban, de Zoner, pour découvrir les nouveautés de cet éditeur exclusivement disponible sous Windows. L’occasion également de comprendre pourquoi ses développeurs privilégient les fonctions réellement utiles aux gadgets spectaculaires, et comment le logiciel gère les réalités parfois chaotiques de la photographie.

Headshot of Thomas Urban of Zoner Studio
Thomas Urban

Adobe exerce un quasi-monopole sur les logiciels créatifs. Comment convaincre rapidement un photographe enfermé dans l’écosystème Lightroom/Photoshop d’essayer Zoner Studio ?

C’est une excellente question, car Adobe est évidemment un nom incontournable. Si vous recherchez une interface unique pour toutes vos retouches, un tri plus rapide, de solides capacités RAW, la possibilité de travailler avec des fichiers locaux sans rester prisonnier d’un catalogue et, en plus, un prix inférieur, alors Zoner Studio mérite d’être essayé.

Avec le temps, nous espérons que la société dans son ensemble reviendra vers des choses authentiques qui comptent vraiment.

Dans votre mise à jour estivale, vous avez volontairement évité les « nouvelles fonctions spectaculaires que vous utiliserez une fois par an ». Pourquoi l’industrie semble-t-elle autant courir après les gadgets IA au lieu d’améliorer les performances fondamentales de la retouche ?

Peut-être que les entreprises pensent que les utilisateurs trouveraient ce genre d’améliorations ennuyeuses. Il est également possible que les problèmes fondamentaux soient plus difficiles à résoudre. Certaines nouveautés, comme un moteur de recherche entièrement repensé, ne sont effectivement pas très impressionnantes visuellement.

Pourtant, après avoir pris des milliers de photos, lorsqu’il faut simplement effectuer un tri correctement et efficacement tout en conservant des métadonnées et une organisation de qualité, ces fonctions moins spectaculaires permettent d’économiser énormément de temps et d’énergie à long terme.

Le monde entier semble désormais avoir une capacité d’attention de quelques secondes, tandis que chacun se bat pour récupérer une fraction de notre attention, sans même parler d’une attention complète. Il faut peut-être commencer par une nouveauté spectaculaire pour réussir ensuite à présenter les fonctions véritablement importantes.

Avec le temps, nous espérons que la société dans son ensemble reviendra vers des choses authentiques qui comptent vraiment, qui durent et dont nous pouvons être fiers parce qu’elles ont été correctement conçues.

La plupart des suites imposent de finaliser les modifications RAW avant de passer aux calques. Quel est l’avantage concret à conserver tout le flux de travail d’un photographe dans un seul espace ?

La retouche photo devrait prolonger le plaisir de photographier et compléter ce processus plutôt que devenir une corvée.

La simplicité. Nous nous sommes tous lancés dans la photographie parce que c’était amusant et que cette activité nous donnait envie d’y revenir. La retouche devrait prolonger ce plaisir et compléter le processus plutôt que devenir une corvée.

Nous voulons offrir aux photographes un véritable partenaire pour leur appareil photo. Pouvoir absolument tout faire depuis une seule interface nous a donc semblé être la solution naturelle.

Le fait de rester dans la même interface permet également de préserver le processus créatif. Le photographe n’a plus besoin de se demander si une image est désormais suffisamment aboutie pour passer à l’étape des calques. Cette rupture semble aller à l’encontre même de ce que nous essayons d’accomplir en photographie.

Zoner Studio software during our review

(Image credit: Future)

Nettoyer les poussières du capteur ou les imperfections sur des centaines de portraits peut devenir un travail interminable. Dans quels cas Smart Healing excelle-t-il, et quand les textures complexes nécessitent-elles encore une intervention manuelle ?

Nos outils sont non destructifs et rapides par rapport à ceux de nos concurrents, une combinaison assez rare.

Nos outils nécessitent encore une intervention manuelle, car nous ne proposons pas de détection automatique des poussières ou des imperfections. Ils sont cependant non destructifs et rapides par rapport à ceux de nos concurrents, ce qui constitue une combinaison assez rare.

La recherche de la zone source est en passe de devenir possible sans recourir à l’IA, tandis que les outils permettent déjà d’effectuer des retouches très complexes. Les corrections sont réparties sur différentes couches et chaque coup de pinceau reste séparé à l’intérieur de celles-ci.

L’utilisateur peut manipuler des traits complets, là où certains logiciels se limitent à des zones circulaires, mais aussi en retrancher certaines parties. Les pinceaux disposent de tous les paramètres nécessaires et nous estimons proposer la meilleure intégration des stylets de tablette du marché. Il est également possible de personnaliser les paramètres selon la pression exercée avec le stylet.

Il faut encore insister sur le modèle non destructif, car cette combinaison reste inhabituelle pour ce genre d’opérations dans les autres logiciels de retouche.

Les utilisateurs doivent souvent passer par des éditeurs bitmap comme Photoshop ou Affinity. Avec Zoner Studio, il n’est même pas nécessaire de quitter le module Develop.

Le processus devient donc beaucoup plus simple. Plus besoin de passer laborieusement d’un programme à l’autre tout en réfléchissant à l’ordre dans lequel chaque opération doit être effectuée.

Ajouter manuellement des mots-clés et des étiquettes aux fichiers représente une autre corvée. Comment votre moteur de recherche permet-il de retrouver immédiatement des clichés sans imposer la création d’un catalogue rigide ?

Notre catalogue fonctionne davantage comme un cache. Le photographe n’est pas enfermé dans l’infrastructure de Zoner Studio.

C’est effectivement l’un des problèmes fondamentaux de nombreux éditeurs photo. La différence entre Zoner Studio et la plupart de ses concurrents vient tout d’abord du catalogue.

Il n’est pas nécessaire de créer une sorte de boîte noire propriétaire. Le catalogue de Zoner Studio repose plutôt sur des fichiers utilisant les standards du marché ou sur des données conservées à côté de ces fichiers classiques.

Notre catalogue fonctionne donc davantage comme un cache. Il ne contient aucune donnée unique que le photographe risquerait de perdre et peut toujours être reconstruit à partir des informations enregistrées dans les photos. Le photographe n’est donc pas enfermé dans l’infrastructure de Zoner Studio.

Nous utilisons encore la saisie manuelle des mots-clés et des étiquettes. Le logiciel ne peut malheureusement pas remplacer ces informations, puisqu’elles correspondent à notre propre interprétation de l’organisation des fichiers.

Nous exploitons également beaucoup les noms et la structure des dossiers. Ces éléments constituent une partie importante des données saisies manuellement, mais ils sont souvent négligés par les autres logiciels photo.

Nous cherchons donc à exploiter efficacement ces informations, ainsi que les données déjà présentes dans les photos. Avec une bonne connaissance de ses propres fichiers, il devient alors possible de retrouver très efficacement un grand nombre d’éléments.

Zoner Studio software during our review

(Image credit: Future)

Regrouper et fusionner automatiquement des panoramas ou des séries de focus stacking paraît formidable en théorie. Comment avez-vous conçu le logiciel pour gérer la réalité beaucoup moins propre d’une véritable séance photo ?

Selon nous, de nombreuses technologies de rupture à venir reposeront sur l’empilement automatique.

Pour nous, cela ne fonctionne pas seulement en théorie, mais aussi très bien en pratique. Des améliorations restent évidemment possibles, mais nous optimisons ces algorithmes depuis plusieurs cycles de développement et continuons à travailler dessus.

Si le photographe utilise les fonctions automatiques de son appareil, comme le bracketing d’exposition ou de mise au point, et ne commet pas d’erreur majeure lors de la prise de vue, notre taux de réussite approche les 100 %.

L’idéal reste évidemment de détecter les cas particuliers. Nous sommes donc très reconnaissants envers les utilisateurs qui nous transmettent leurs fichiers problématiques. Dans la plupart des cas, nous sommes plutôt rassurés de constater que le problème provient simplement d’une erreur lors de la prise de vue.

Selon nous, de nombreuses technologies de rupture à venir reposeront sur l’empilement automatique.

Il ne faut pas penser uniquement aux panoramas et aux autres traitements qui ne représentent finalement qu’une petite partie du travail d’un photographe. Cela concerne également les prises de vue en rafale et, plus généralement, les séries d’images similaires que l’utilisateur souhaite traiter ensemble, notamment pour sélectionner le meilleur cliché.

Transformer des rafales en time-lapses ou simuler des poses longues sans filtre ND paraît très pratique. Quelles fonctions créatives méconnues de Zoner Studio vous semblent les plus sous-estimées ?

Retour aux fondamentaux : les LUT. Il en existe énormément sur Internet et elles peuvent convenir à pratiquement tout le monde.

Elles sont utiles aussi bien à l’utilisateur qui ne maîtrise pas encore suffisamment les curseurs pour obtenir précisément le résultat souhaité qu’au photographe capable d’exploiter avec précision l’ensemble du flux de traitement RAW.

Nous ne sommes pas particulièrement adeptes de cette idée de « petites astuces ». Mais s’il fallait choisir une fonction sous-estimée capable de faire une vraie différence, ce serait l’outil d’aperçu du module Manager.

Il permet aux photographes de visualiser simultanément plusieurs images, une fonction simple mais particulièrement efficace.


Adrien Bar Hiyé
Senior Editor

Quand je ne suis pas en train de plonger dans le monde fascinant de la finance et des nouvelles technologies, vous me trouverez probablement en train de parcourir le globe ou de conquérir de nouveaux mondes virtuels sur ma console de jeux.

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