Le MacBook Pro tactile ne m'a absolument pas convaincu, et Steve Jobs aurait détesté cette décision

A person using Apple's PROLED XDR Display on a touchscreen MacBook Pro.
(Crédit photo: Apple)

Plus tôt cette semaine, Apple a enfin fait ce que tout le monde attendait depuis des mois en dévoilant son premier MacBook Pro tactile. Équipé d'un écran baptisé un peu maladroitement « PROLED XDR », cet ordinateur offrirait, selon Apple, « une toute nouvelle manière pour les professionnels d'interagir avec leurs contenus ».

Pourtant, dire que je ne suis pas convaincu serait un euphémisme. L'arrivée de l'OLED m'enthousiasme, mais je reste depuis longtemps sceptique quant à l'intérêt des ordinateurs portables tactiles. Les interactions gestuelles me semblent tantôt inutiles, tantôt inconfortables lorsqu'elles se prolongent. Et si une fonction est tellement superflue qu'elle n'est jamais utilisée, ou si elle provoque des douleurs dans les bras, elle n'a probablement pas sa place dans un produit.

Mais après tout, que vaut mon avis ? Pratiquement tous les fabricants de PC Windows proposent au moins un ordinateur portable tactile, et Apple vient désormais de rejoindre le mouvement. La marque va certainement faire ce qu'elle sait si bien faire : perfectionner une technologie existante au point de redéfinir complètement nos attentes. Pas vrai ?

En réalité, non. Je reste totalement sceptique. Apple n'a pas seulement éludé la question de la fatigue musculaire. L'entreprise semble également incapable d'expliquer de manière convaincante pourquoi quiconque devrait acheter un MacBook tactile. Et inutile d'insister sur son prix, puisqu'il démarre à 3 299 € en France, avec des configurations haut de gamme encore bien plus coûteuses. Non, je crois que je vais passer mon tour. Et voici pourquoi vous pourriez envisager d'en faire autant.

Le meilleur, vraiment ?

Apple Touchscreen MacBook Pro HANDS ON

(Image credit: Lance Ulanoff / Future)

Pour comprendre pourquoi ce MacBook Pro tactile existe, et peut-être pourquoi vous devriez en acheter un, il faut examiner la manière dont Apple le présente. L'entreprise explique que les graphistes peuvent désormais utiliser toute la surface de l'écran comme une toile, sans être limités à celle du trackpad lorsqu'ils dessinent. Les musiciens peuvent également jouer directement sur les instruments virtuels affichés à l'écran.

Mais Apple pense-t-elle réellement que ces deux activités resteront confortables pendant plus d'une dizaine de secondes ? Ce n'est pas un hasard si les musiciens jouent sur des claviers placés horizontalement. Essayer de donner un concert entier avec les bras tendus devant soi, en position rigide, constitue un excellent moyen de terminer avec des douleurs musculaires. Pourquoi en irait-il autrement avec un ordinateur portable ?

Apple n'imagine sûrement pas une utilisation prolongée de cette manière. Je suppose donc que l'entreprise s'attend à quelques interactions tactiles rapides, avant un retour à une utilisation classique et raisonnable de l'ordinateur. Mais si l'écran tactile ne sert que quelques secondes à la fois, son intérêt est-il réellement suffisant ? Une utilisation aussi limitée justifie-t-elle le supplément demandé pour acheter ce MacBook Pro plutôt qu'un modèle classique ?

Peut-être, peut-être pas. Mais le fait que la grande nouveauté de ce produit phare, aussi coûteuse soit-elle, puisse laisser autant d'utilisateurs indifférents suggère un véritable manque d'inspiration chez Apple.

Certes, ce supplément permet également de profiter d'un superbe écran OLED, et je trouve cette amélioration parfaitement justifiée. Mais chaque fonction d'un produit devrait pouvoir démontrer son utilité. C'est particulièrement vrai pour un appareil Apple, et encore davantage à une époque où les prix de la technologie continuent de grimper. Pourtant, l'écran tactile donne surtout l'impression d'avoir été ajouté au passage.

Après tout, Apple est l'entreprise qui a réinventé des catégories entières de produits, des baladeurs musicaux aux smartphones, puis aux tablettes et bien au-delà. Et aujourd'hui, le mieux qu'elle puisse proposer serait une fonction inconfortable lorsqu'elle est utilisée longtemps, et dont l'intérêt se limite finalement à quelques interactions brèves, séparées par de longues périodes d'inactivité.

Si Apple, de toutes les entreprises, n'est plus capable de proposer une innovation qui bouleverse nos attentes et redéfinit le fonctionnement d'une catégorie de produits, pourquoi s'en donner la peine ? Sa philosophie a longtemps consisté à ne pas chercher à être la première, mais à être la meilleure. Cet écran tactile semble-t-il réellement être le meilleur du marché, ou simplement un ajout de plus à une longue liste de fonctionnalités ?

Une nouveauté qui manque d'inspiration

A person using Apple's PROLED XDR Display on a touchscreen MacBook Pro.

(Image credit: Apple)

De nombreuses personnes ayant pu prendre en main le nouveau MacBook Pro affirment que son écran tactile est très agréable à utiliser. Mon collègue Lance Ulanoff l'a même trouvé « parfaitement naturel et merveilleux », et je ne doute absolument pas de la sincérité de son enthousiasme.

Mais cela n'invalide en rien les critiques formulées par Steve Jobs à l'encontre des ordinateurs portables tactiles. Dans l'une de ses déclarations les plus célèbres sur le sujet, Jobs expliquait qu'après une courte période d'utilisation, la fatigue commençait à se faire sentir. Et qu'après une utilisation prolongée, le bras donnait l'impression de vouloir tomber.

Je suis certain qu'Apple a conçu son écran tactile de manière à procurer une expérience extraordinaire dès les premiers instants. Quelques pressions et balayages suffisent probablement à donner envie de sortir sa carte bancaire.

Le problème, c'est que, sauf erreur, nos bras n'ont pas évolué depuis les seize années qui nous séparent de cette déclaration de Jobs. Continuez à utiliser l'écran tactile d'un ordinateur portable, qu'il soit fabriqué par Apple ou par une autre entreprise, et vous finirez inévitablement par ressentir de la fatigue et de l'inconfort.

Puisque les lois de la biologie n'ont pas changé, j'espérais au moins qu'Apple nous réservait une fonctionnalité exceptionnelle pour justifier l'arrivée du tactile. Malheureusement, cette annonce m'a laissé sur ma faim.

Même John Ternus, le nouveau PDG d'Apple, semble éprouver des difficultés à défendre cette décision. Interrogé par Wired sur les raisons qui ont poussé l'entreprise à commercialiser un MacBook tactile, il a répondu :

« Il fallait atteindre un stade où l'ajout du tactile ne dégradait le produit en aucune manière. Cela ne devait pas le rendre plus lourd. Ni plus épais. Tout cela a été rendu possible grâce à l'écran OLED, le meilleur écran que nous ayons jamais intégré à un Mac. Et avec toutes ces améliorations, il se trouve aussi qu'il est tactile. »

« Il se trouve aussi qu'il est tactile. »

Cette phrase résume presque trop bien la manière dont Apple semble avoir abordé la question. Pourquoi intégrer un écran tactile au MacBook Pro ? La réponse ressemble à quelque chose comme : « Oui, après tout, pourquoi ne pas le faire ? » C'est en tout cas l'impression que cela me donne.

Est-ce vraiment l'attitude d'une entreprise qui prétend montrer la voie ? D'une société qui a toujours revendiqué son inspiration et son esprit d'innovation ? Ou simplement celle d'un fabricant qui constate que tous ses concurrents proposent des ordinateurs tactiles et se dit qu'il devrait probablement faire la même chose ?

Apple Touchscreen MacBook PROLED XDR analysis

(Image credit: Lance Ulanoff / Future)

Relisez les propos de Ternus. Le moment était venu d'ajouter un écran tactile parce qu'Apple pouvait désormais le faire sans dégrader le MacBook Pro. Pas parce que cette nouveauté allait permettre à l'ordinateur d'atteindre des sommets jusqu'alors inimaginables. Simplement parce qu'après tout, qu'est-ce qui pourrait mal tourner ?

La stratégie d'Apple a souvent consisté à laisser ses concurrents essuyer les plâtres, avant d'arriver avec une technologie suffisamment perfectionnée pour impressionner tout le monde. Pas à attendre son tour pour ajouter une fonction simplement parce que « le moment semble venu ». Cette approche donne surtout une impression de passivité et de manque d'imagination. Où sont passées l'ambition, la passion et la volonté de créer quelque chose d'« incroyablement génial » ?

Faut-il vraiment croire que Steve Jobs a fait du premier iPhone un appareil tactile parce qu'il voulait entendre les clients dire : « Ah oui, il est aussi multitouch » ? Concevoir un produit Apple consistait-il simplement à cocher une liste de fonctionnalités à ajouter, tant qu'elles ne dégradaient pas l'expérience ? Jobs était célèbre pour ses colères. Et il y a fort à parier qu'il aurait été furieux si ses équipes avaient adopté une telle manière de penser.

Et pourtant, nous en sommes là. Le PDG d'Apple lui-même parvient à présenter la principale nouveauté du dernier MacBook Pro comme un détail secondaire, auquel une grande partie des utilisateurs risque de ne même pas prêter attention. C'est difficile à comprendre.

Avant le lancement du MacBook Pro PROLED, mon collègue Lance Ulanoff rappelait que Steve Jobs avait souvent changé d'avis au cours de sa carrière. Il défendait également l'idée que Jobs aurait adoré le concept d'un MacBook Pro tactile. C'est possible. Mais il aurait probablement détesté la manière aussi timide et peu inspirée dont Apple a choisi de le présenter.


Alex Blake
Freelance Contributor

Alex Blake has been fooling around with computers since the early 1990s, and since that time he's learned a thing or two about tech. No more than two things, though. That's all his brain can hold. As well as TechRadar, Alex writes for iMore, Digital Trends and Creative Bloq, among others. He was previously commissioning editor at MacFormat magazine. That means he mostly covers the world of Apple and its latest products, but also Windows, computer peripherals, mobile apps, and much more beyond. When not writing, you can find him hiking the English countryside and gaming on his PC.

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