Votre Smart TV a peut-être servi de relais réseau : Samsung et LG s’attaquent aux apps de proxy résidentiel

The LG C6 OLED TV with its Game Hub menu on screen
(Crédit photo: Future)

  • Des réseaux de proxy résidentiel peuvent faire transiter du trafic par la connexion Internet de nombreuses Smart TV
  • Roku, Fire TV, Tizen et webOS sont concernés
  • Plusieurs fabricants suppriment ou restreignent désormais les applications en cause

Des téléviseurs et appareils LG, Samsung, Roku et Fire TV ont pu être intégrés à des réseaux de proxy résidentiel susceptibles d’être utilisés à des fins malveillantes — et des millions d’appareils pourraient être concernés. LG et Samsung se sont depuis engagés à supprimer ou suspendre les applications concernées.

FlatpanelsHD a rassemblé les différentes pièces de cette affaire, qui remonte à plusieurs mois. Dès avril, il était apparu que de nombreuses applications et plusieurs jeux incluaient une fonction baptisée « residential proxy », ou proxy résidentiel, susceptible d’être détournée par des acteurs malveillants.

Un exemple, IPIDEA, avait enrôlé des millions de Smart TV dans un réseau pouvant servir à parcourir le Web pour collecter des données destinées à l’entraînement de modèles d’IA, ou à acheminer du trafic susceptible d’être exploité dans des opérations coordonnées par des groupes basés notamment en Chine, en Corée du Nord, en Iran et en Russie.

Ces téléviseurs pouvaient servir à contourner les blocages visant certaines plages d’adresses IP utilisées par des centres de données d’IA : chaque TV disposant de sa propre adresse, le trafic pouvait apparaître comme provenant d’une connexion résidentielle « réelle ». Une fois activée, la fonction de proxy pouvait continuer à fonctionner en arrière-plan sans que l’application reste ouverte, ce qui rendait son activité difficile à repérer pour le propriétaire du téléviseur.

Selon le chercheur en sécurité Harrison Sand, de Mnemonic, l’une des applications intégrant ce type de composant était un jeu Pac-Man destiné aux enfants que Samsung avait mis en avant dans sa sélection « Editor’s Choice ». Les recherches de Mnemonic indiquent toutefois que l’installation de ce jeu ne transformait pas automatiquement le téléviseur en nœud de proxy : le composant restait inactif tant qu’un écran de consentement n’avait pas été accepté.

Selon la société de sécurité Spur, 26,5 % des applications destinées aux Smart TV Samsung Tizen et plus de 42,5 % des applications LG webOS analysées contenaient des composants permettant leur intégration à un réseau de proxy résidentiel. Un chiffre particulièrement préoccupant au regard de l’ampleur potentielle du phénomène.

The LG C6 OLED TV with the webOS 26 home page on screen. Apps are well laid out but there is a large banner ad at the top of the screen

Le webOS de LG semble être le plus touché, des chercheurs affirmant que plus de 42,5 % des applications webOS analysées contenaient des composants de proxy résidentiel. (Image credit: Future)

Qu’est-ce qu’un proxy résidentiel, et pourquoi peut-il poser problème ?

Un proxy résidentiel, parfois appelé « reproxy », fait transiter des données par un appareil — ici un téléviseur — afin que le trafic donne l’impression de provenir de la connexion Internet de cet appareil.

Cette fonction n’est pas nécessairement malveillante : elle peut notamment servir à des tests ou à certaines activités publicitaires. Mais comme l’explique la société de sécurité Spur, elle peut aussi fournir aux attaquants un moyen de dissimuler des automatisations à grande échelle, de contourner des restrictions géographiques et d’échapper à des mécanismes de défense fondés sur la réputation des adresses IP.

Le site de Spur détaille plus précisément le fonctionnement de ces réseaux et leurs différences avec les meilleurs VPN.

Il est probable qu’au moins une partie des applications potentiellement problématiques n’aient pas été conçues avec une intention malveillante. Des développeurs utilisant certains kits de développement logiciel intégrant des fonctions de proxy résidentiel peuvent eux-mêmes ne pas connaître précisément tous les composants inclus.

LG et Samsung ont désormais annoncé vouloir interdire les applications de Smart TV contenant des composants de proxy résidentiel. IPIDEA est déjà interdit par Amazon, Roku et Google TV, qui ont également restreint le réseau Bright Data.

LG indique travailler avec les développeurs afin de retirer cette fonctionnalité de leurs applications et prévoit de suspendre celles qui ne la supprimeront pas. Samsung a restreint l’enregistrement de nouvelles applications intégrant ces fonctions et affirme travailler à identifier et supprimer de sa boutique toutes celles qui contiennent encore ces composants.

Le point le plus préoccupant n’est pas seulement l’existence de ce type de logiciel — plus les téléviseurs ressemblent à des ordinateurs, plus ils deviennent susceptibles d’être visés par des attaques comparables — mais le fait que ces composants aient pu se retrouver dans autant d’applications et soient vraisemblablement encore présents sur de nombreux appareils malgré les premières révélations remontant à avril.

Cela ne fait qu’alimenter une méfiance plus large envers les Smart TV. Entre la reconnaissance automatique de contenu, l’injection publicitaire, la mise en avant de chaînes non souhaitées sur certains écrans d’accueil et les mises à jour fréquentes des conditions d’utilisation qui peuvent étendre le suivi, ces téléviseurs peuvent devenir à la fois des enjeux de confidentialité et de sécurité.

Une approche consiste donc à traiter la Smart TV comme un simple écran et à confier toute la partie connectée à un boîtier externe, par exemple une Apple TV 4K.


Adrien Bar Hiyé
Senior Editor

Quand je ne suis pas en train de plonger dans le monde fascinant de la finance et des nouvelles technologies, vous me trouverez probablement en train de parcourir le globe ou de conquérir de nouveaux mondes virtuels sur ma console de jeux.

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