« Il existe une limite que l’IA ne peut pas franchir » : le patron d’Insta360 défend son très controversé robot photographe

Closeup of the Insta360 Luna Ultra vlogging camera's dual lenses, outdoors in a grey urban scene
La toute nouvelle Insta360 Luna Ultra a été comparée à des personnages de robots célèbres tels que Wall-E, et elle peut être associée à un capteur de mouvement intelligent « POD ». (Crédit photo: Future / Tim Coleman)

Liu Jingkang, fondateur et PDG d’Insta360, également connu sous le surnom de « JK », a récemment publié un message potentiellement controversé sur Weibo, le réseau social chinois. Une fois traduit, celui-ci indique :

« Notre ambition est de créer un “cameraman”, autrement dit un robot photographe intelligent capable de composer automatiquement les plans et de capturer des instants comme le ferait un photographe professionnel. Les utilisateurs pourraient ainsi rester pleinement plongés dans le moment présent.

« Aujourd’hui, l’intelligence artificielle progresse rapidement. Nous pensons que le “cerveau” de ce cameraman devient de plus en plus performant, ouvrant ainsi de nouvelles possibilités dans le domaine de la création visuelle.

« À long terme, la forme idéale de la caméra serait de devenir progressivement imperceptible, voire de “disparaître”, jusqu’à ce que filmer ne demande plus aucun effort et devienne une composante naturelle de la vie. »

Ces déclarations ont suscité une certaine inquiétude, aussi bien du point de vue de la photographie que de celui de l’être humain. Une réponse a donc été publiée et Insta360 a été sollicitée pour réagir.

JK a transmis une déclaration répondant à ces préoccupations et précisant sa vision. Le dirigeant et Insta360 ont également répondu à plusieurs questions spécifiques concernant les projets de l’entreprise pour ses futures caméras, qui pourraient profondément bouleverser le secteur.

La réponse de JK est présentée ci-dessous, suivie de l’entretien mené avec le dirigeant et un porte-parole d’Insta360.

A photo of the Insta360 Go 3 action camera out of its case, in hand

Insta360 fabrique les meilleures mini-caméras vidéo, idéales pour les prises de vue en POV, et ses nouveaux accessoires facilitent l'utilisation en mains libres de ces caméras très discrètes. (Image credit: Basil Kronfli)

Réponse de JK : JK a toujours considéré que l’image répondait à trois besoins humains fondamentaux : enregistrer, partager et créer.

L’intelligence artificielle transformera sans aucun doute certaines parties de ce secteur, notamment le partage et la création commerciale. Toutefois, lorsqu’il s’agit d’enregistrer nos vies, JK estime qu’il existe une limite que l’IA ne peut pas franchir. La technologie peut rendre les outils plus simples à utiliser, mais elle ne peut pas remplacer les qualités humaines qui donnent tout leur sens à une œuvre : le jugement, l’émotion, le goût et l’énergie créative issue de l’expérience vécue.

À ses yeux, une photo du sourire de sa fille est inestimable, non pas en raison de sa perfection technique, mais parce qu’il était présent. Il a vécu ce moment. L’IA peut générer, améliorer et imiter, mais elle ne peut pas vivre une expérience à notre place.

L’être humain est la mesure de toute chose. Les expériences qui devraient lui appartenir ne doivent pas être confiées à des algorithmes et à des machines.

Ainsi, parler de l’avenir de la caméra ne signifie pas parler du remplacement des êtres humains. Il s’agit de concevoir des outils qui permettent de capturer la vie plus librement, plus naturellement et avec moins de contraintes. L’avenir ne consiste pas à rendre les machines plus humaines, mais à aider les humains à être plus présents, plus créatifs et davantage eux-mêmes.

L'entretien

TC : À quoi ressemble ce « cameraman » ? S’agit-il d’un seul appareil ou de plusieurs produits ?

JK : Pour Insta360, le cameraman du futur représente davantage une vision produit qu’un appareil unique.

Insta360 : L’idée centrale consiste à créer une caméra capable de composer automatiquement les plans, de capturer les moments importants et de produire un contenu finalisé pour l’utilisateur. Les personnes peuvent ainsi rester pleinement plongées dans l’instant sans manquer ce qui compte.

Lors d’un voyage ou d’un événement en direct, il faut souvent tenir son téléphone en l’air pendant toute la durée de l’expérience et regarder son écran au lieu de profiter de ce qui se passe. À long terme, Insta360 souhaite que la caméra fonctionne davantage comme un photographe professionnel. L’utilisateur reste présent, tandis que l’appareil se charge de filmer à sa place.

La forme idéale du produit fait encore l’objet de recherches. Il n’existera donc pas, à court terme, un produit ultime et définitif. Certains éléments de cette vision sont toutefois déjà intégrés aux produits existants. Le dispositif de suivi de la tête en vue subjective du Luna Ultra permet, par exemple, de filmer de manière plus fluide et presque invisible. Insta360 considère cette fonction comme une première manifestation importante du cameraman du futur.

TC : Faut-il comprendre que ce « robot photographe intelligent » sera entièrement automatisé et indépendant ?

Insta360 : Il convient tout d’abord de préciser que le cameraman du futur ne désigne pas un robot humanoïde. Il s’agit d’un concept de produit et d’une vision à long terme de l’évolution des caméras.

L’objectif consiste à libérer les utilisateurs des réglages complexes afin qu’ils puissent réellement vivre le moment présent, tout en obtenant des résultats d’apparence professionnelle. Dans cette logique, la caméra commence à endosser davantage le rôle d’un photographe. Lors d’une sortie en famille, par exemple, le système pourrait cadrer, filmer, monter et produire automatiquement le contenu de bout en bout, sans qu’une personne doive constamment gérer l’appareil.

Il ne s’agit cependant pas d’une caméra qui agirait seule, sans intervention de l’utilisateur. L’objectif repose sur un fonctionnement particulièrement intelligent, mais toujours soumis aux instructions, aux intentions et au contrôle de l’utilisateur. La caméra doit pouvoir automatiser une part bien plus importante du processus, notamment en enregistrant l’ensemble d’une scène lorsque l’utilisateur le souhaite, mais toujours dans les limites définies par celui-ci. Insta360 souhaite rendre l’expérience simple et naturelle, au point que la caméra devienne presque imperceptible dans la vie quotidienne.

Man holding the Insta360 Luna Ultra vlogging camera on a sunny day in a old town

À l'avenir, Insta360 pourrait-il rendre des caméras telles que la Luna Ultra (ci-dessus) entièrement autonomes ? (Image credit: Future / Tim Coleman)

TC : Pouvez-vous décrire les fonctions de composition, de prise de vue et de montage ?

Insta360 : Pour créer le cameraman du futur, une caméra doit accomplir correctement trois tâches : voir, comprendre et agir.

Elle doit tout d’abord voir une plus grande partie du monde. C’est notamment pour cette raison que l’image à 360 degrés revêt autant d’importance pour Insta360. Une caméra traditionnelle ne capture qu’un cadre limité, tandis qu’une caméra à 360 degrés enregistre l’intégralité de la scène. L’utilisateur et l’IA disposent ainsi de beaucoup plus de contexte. Cela réduit le risque de manquer des moments importants et offre une base plus solide pour le suivi, le recadrage et la compréhension de la scène.

Elle doit ensuite disposer d’une intelligence spatiale. La caméra doit comprendre la profondeur, les mouvements, l’orientation et les événements qui se déroulent dans son environnement. Elle ne doit pas simplement enregistrer des pixels, mais véritablement interpréter la scène.

Enfin, elle doit être capable d’agir en temps réel. Cela implique de suivre les sujets, de stabiliser les images, de composer les plans, d’anticiper les mouvements et, à terme, de prendre automatiquement des décisions de tournage plus intelligentes en fonction des intentions de l’utilisateur. Sans réaction instantanée, l’appareil ne se comporte pas réellement comme un cameraman.

JK : Le cameraman se situe à la croisée des capteurs, de l’intelligence artificielle embarquée et de l’imagerie computationnelle. L’objectif consiste à faire en sorte que la caméra ne soit plus seulement un outil d’enregistrement, mais qu’elle devienne un partenaire créatif actif.

TC : Pouvez-vous détailler une fonctionnalité précise actuellement étudiée qui permettrait aux caméras Insta360 de devenir des « partenaires créatifs actifs » ?

Insta360 : L’expression « partenaire créatif actif » désigne une solution d’imagerie intelligente capable de mieux comprendre la scène et d’aider les utilisateurs à la capturer de manière plus pertinente. Dans les environnements dynamiques, elle peut suivre les sujets avec une intervention réduite de l’utilisateur. Les personnes restent ainsi concentrées sur le moment présent, tandis que la caméra prend en charge une plus grande partie du travail technique.

Pour concrétiser cette vision, Insta360 dispose déjà de solides fondations techniques, notamment dans la génération d’images panoramiques et la modélisation métrique de la profondeur panoramique. Ces technologies ont déjà été proposées en open source au secteur. Elles pourraient être utilisées non seulement dans les caméras à 360 degrés, mais également dans d’autres produits et domaines.

TC : En quoi ce « cameraman » se distingue-t-il des caméras existantes et des modèles Insta360 actuels ?

Insta360 : Insta360 dispose déjà de certaines capacités fondamentales nécessaires au développement du cameraman du futur. Des fonctions comme l’assemblage assisté par IA, la stabilisation FlowState, le suivi des sujets, le recadrage, le montage automatique et le traitement des images directement dans l’appareil participent toutes à l’évolution de la caméra vers une capture plus intelligente et plus autonome. Les produits actuels ne représentent toutefois que les premières versions de ce que pourrait devenir cette expérience une fois pleinement aboutie.

Insta360 développe depuis des années une expertise approfondie dans l’image à 360 degrés. Celle-ci offre une base solide dans le domaine de l’intelligence spatiale. Contrairement à une caméra traditionnelle qui n’enregistre qu’un seul cadre, les données issues d’une image à 360 degrés fournissent un champ de vision complet et un contexte spatial continu. Associées aux travaux de l’entreprise sur la modélisation spatiale et l’intelligence générative, elles permettent à l’IA de ne plus simplement « voir » le monde, mais de commencer à réellement le comprendre.

Cette différence joue un rôle essentiel dans la manière dont Insta360 imagine l’avenir de l’imagerie. L’entreprise continuera également à investir dans des domaines comme l’estimation de la profondeur panoramique, les modèles du monde et les systèmes de suivi autonomes.

TC : Dans quels délais ce « cameraman » pourrait-il voir le jour ?

Insta360 : Il s’agit d’une vision à long terme, qui devrait se concrétiser progressivement grâce à l’amélioration continue des produits. Plutôt que d’apparaître soudainement dans un appareil unique, cette technologie devrait se développer étape par étape, à mesure que les solutions nécessaires gagneront en maturité et deviendront adaptées à une utilisation réelle.

TC : Ce « cameraman » enregistre-t-il de manière autonome ? Dans ce cas, cela ne pourrait-il pas poser un problème de respect de la vie privée ?

Insta360 : Il s’agit de l’une des questions les plus importantes à l’ère des appareils équipés d’intelligence artificielle. Insta360 considère que les futurs dispositifs d’imagerie intelligents devraient pouvoir automatiser beaucoup plus largement l’enregistrement, y compris au point de capturer tout ce que l’utilisateur souhaite conserver. Cette capacité doit toutefois toujours rester soumise à son autorisation et à son contrôle.

L’idée au cœur du cameraman ne repose pas sur un enregistrement incontrôlé et illimité. Elle consiste à transformer la caméra, qui n’est plus un simple outil contrôlé manuellement, mais un compagnon intelligent capable de comprendre ce que l’utilisateur souhaite capturer et de l’aider à le faire plus efficacement. Cela peut nécessiter une compréhension de l’environnement et un enregistrement autonome lorsque l’utilisateur active explicitement ces fonctions. Ces capacités doivent toutefois rester encadrées par des intentions, des autorisations et des commandes clairement définies.

Autrement dit, l’autonomie est importante, mais le contrôle de l’utilisateur reste indispensable. Insta360 estime qu’il s’agit du bon équilibre pour l’avenir de l’imagerie intelligente.

TC : Insta360 envisage-t-elle que ce système remplace à terme les créateurs de contenus professionnels, ou cette vision s’adresse-t-elle avant tout au grand public ?

Insta360 : Non. L’objectif ne consiste pas à remplacer les photographes, les vidéastes ou les créateurs. Cette vision vise principalement à aider le grand public à capturer plus facilement des moments, avec moins de contraintes et moins de risques de manquer une scène importante.

Pour les professionnels, Insta360 considère ces capacités comme des outils d’assistance et non comme des substituts à la créativité humaine. Une photographie ou un film de qualité dépend toujours du jugement, de la narration, du goût et du lien humain. L’objectif consiste à réduire les contraintes techniques liées à la prise de vue, et non à remplacer la personne qui se trouve derrière la caméra.

Man outdoors with Insta360 Luna Ultra around his neck on a neck strap, with Insta360 POV Head Tracker device in his ear

La Luna Ultra est désormais compatible avec un capteur de suivi de la tête POV (voir l'appareil dans l'oreille de l'homme), qui synchronise les mouvements de la tête et de la caméra, permettant ainsi à l'utilisateur de réaliser des prises de vue immersives en POV en toute liberté, sans avoir à utiliser ses mains. (Image credit: Insta360)

Du bon côté de la ligne ?

Le degré d’autonomie que pourraient atteindre les caméras Insta360 reste encore à déterminer. La réponse de l’entreprise permet toutefois d’atténuer quelque peu les inquiétudes concernant la direction que pourrait prendre sa technologie.

Cette logique reste compréhensible. La simplicité d’utilisation et la fluidité du processus de création jouent un rôle essentiel dans le succès des caméras grand public d’Insta360, notamment ses modèles à 360 degrés et ses caméras destinées au vlog.

Des appareils comme l’Insta360 X5 et l’application associée d’Insta360 disposent déjà de nombreux outils intelligents qui facilitent la capture et le montage de vidéos à 360 degrés. Dès lors, pourquoi compliquer inutilement le processus au nom du contrôle de l’utilisateur, lorsqu’une caméra intelligente sait déjà dans quelle direction filmer ?

Pourquoi passer de longues heures à parcourir des vidéos à 360 degrés afin de réaliser manuellement un montage, lorsque l’IA sait où se déroule l’action la plus intéressante et peut proposer, voire effectuer, le montage à la place de l’utilisateur ?

C’est à la rencontre entre la créativité humaine et les outils automatisés reposant sur l’IA que pourraient apparaître des fonctions plus intelligentes. Celles-ci assisteraient les utilisateurs pendant la prise de vue, le montage et le partage, en leur permettant « d’être davantage présents », comme l’explique JK, au lieu de rester absorbés par le fonctionnement de la caméra.

Et s’il existe une entreprise bien placée pour faire progresser ce type de technologie de caméra intelligente, il s’agit bien d’Insta360.


Timothy Coleman
Cameras Editor

Tim joined the TechRadar team as Cameras Editor in 2023 and has enjoyed more than 15 years as a tech journalist specializing in camera gear. He's previously worked at Amateur Photographer, for a photo accessory manufacturer and as a freelance photographer and video producer, with clients including Studio 44 and Canon. He also started a media team in Nairobi, Kenya, where he lived for a few years volunteering for a faith-based organisation. Tim is married, father of three children, and loves being active, primarily running since hanging up his football boots.