Exclusif : comment Beats a réussi à rester Beats au cœur de l’empire Apple
Dans les coulisses de Beats
Difficile à croire, mais Beats by Dr. Dre appartient officiellement à Apple depuis maintenant 12 ans. La marque fête également ses 20 ans cette année. Autant dire qu’elle n’a cessé d’évoluer et d’améliorer considérablement la qualité de ses produits, tout en conservant sa place dans la culture populaire.
C’est d’ailleurs ce dernier point qui surprend le plus. Lorsqu’Apple a racheté Beats en 2014 pour environ 3 milliards de dollars, l’opinion générale estimait que le groupe avait déboursé une somme considérable pour acquérir une marque culturelle. Son matériel devait ensuite être progressivement intégré à Cupertino, avant de disparaître discrètement. Beats Music a bien été absorbé pour devenir Apple Music. La plupart des observateurs pensaient que les écouteurs et les casques suivraient le même chemin.
C’est pourtant tout l’inverse qui s’est produit.
Tout le monde a déjà aperçu le célèbre logo « b » sur des casques ou des écouteurs dans la rue. Mais il apparaît également sur des athlètes, des musiciens et des célébrités, plus que jamais cet été. Depuis plusieurs mois, un casque Beats circum-aural encore non annoncé s’affiche discrètement sur certains des sportifs les plus photographiés au monde.
Lamine Yamal a été le premier à le porter. Le casque est ensuite apparu pendant la Coupe du monde des clubs de la FIFA sur Antonee Robinson, Lee Kang-in, Jamal Musiala, Ritsu Doan, Kobbie Mainoo, Antoine Semenyo et Nico Paz. Aryna Sabalenka l’a ensuite arboré à Wimbledon, avant que LeBron James ne soit aperçu avec ce même modèle.
Lorsque Sabalenka est arrivée à Wimbledon avec ce casque, un dépôt auprès de la FCC avait déjà confirmé l’existence d’un véritable produit associé à une véritable référence. En revanche, aucun autre détail n’avait été révélé. Ni nom, ni prix, ni date de sortie. Plusieurs mois de discussions ont ainsi été générés par une entreprise qui, à l’heure de publier cet article, n’a toujours pas annoncé officiellement ce casque.
À l’occasion des 20 ans de Beats et de ses 12 années passées au sein d’Apple, deux journées ont été consacrées au campus de la marque à Culver City. Il s’agissait du premier et du seul accès accordé à un journaliste aux bureaux et aux laboratoires d’ingénierie. L’objectif consistait à comprendre comment Beats continue de créer de tels moments.
La visite devait surtout dévoiler la partie visible de Beats, notamment ses campagnes, ses partenariats et ses modèles personnalisés. Elle a finalement révélé quelque chose de bien plus profond. Beats est discrètement devenue une marque capable de conserver son identité culturelle tout en évoluant vers l’une des structures matérielles les plus sophistiquées d’Apple.
Apple n'a pas remplacé Beats
A post shared by Jake Krol (@jake31krol)
A photo posted by on
L’emplacement raconte déjà une partie de cette histoire. Ce qui était autrefois le siège indépendant de Beats fait désormais partie du campus d’Apple en Californie du Sud. Le bâtiment d’origine accueille toujours une grande partie des équipes de la marque audio.
À quelques pas se trouvent d’autres divisions d’Apple, dont le bâtiment relativement récent d’Apple Music. Le campus réunit ainsi musique, design, ingénierie et culture. Le cadre semble particulièrement adapté au Hayden Tract, un quartier dont l’histoire mêle production hollywoodienne, industrie aérospatiale et certaines des créations architecturales les plus ambitieuses de Californie du Sud.
Beats dispose manifestement de nombreuses ressources internes pour fabriquer un produit. Le design, l’ingénierie, le réglage sonore et le contrôle qualité se trouvent à proximité les uns des autres, répartis dans deux bâtiments. Le premier accueille les bureaux principaux, tandis que le second constitue un centre d’ingénierie spécialement conçu pour la marque.
Une fois les contrôles de sécurité franchis, les lieux ressemblent néanmoins à des bureaux modernes. Un immense mur vidéo diffuse en boucle des campagnes Beats mettant en scène des athlètes, des musiciens et des créateurs. Des photographies de produits recouvrent les couloirs. De vastes espaces de travail ouverts s’étendent dans tout le bâtiment. L’ensemble paraît créatif, coloré et immédiatement reconnaissable comme appartenant à Beats.
La culture ne l’a jamais quittée, elle a grandi avec elle
Oliver Schusser, vice-président d’Apple chargé de Beats, de la musique et du sport
Les personnes présentes dans les bureaux se sont révélées encore plus marquantes que les locaux eux-mêmes. De nombreux salariés rencontrés travaillaient déjà chez Beats bien avant le rachat par Apple. Plus de dix ans plus tard, ils conçoivent toujours des produits, fabriquent des casques personnalisés et participent à l’avenir de la marque.
Les équipes restent étonnamment réduites. La passion qui entoure Beats évoque toujours davantage une start-up que l’une des plus grandes entreprises au monde.
« Vingt ans représentent une durée considérable pour qu’une marque reste pertinente. Mais ce qui rend Beats unique, c’est que la culture ne l’a jamais quittée, elle a grandi avec elle », explique Oliver Schusser, vice-président d’Apple chargé de Beats, de la musique et du sport. « Les personnes, les partenariats, la musique et le sport ne constituent pas une stratégie marketing. Ils représentent ce que cette marque a toujours été. Notre rôle consiste à nous assurer que cela ne change jamais. »
Matthew Costello, vice-président de l’ingénierie matérielle chez Apple, a observé cette continuité de l’intérieur. Selon lui, Beats était encore une jeune entreprise lors du rachat et restait très modeste à l’époque.
Une grande partie des équipes centrales chargées de l’ingénierie et des opérations, présentes dans le bâtiment le 1er août 2014, date de finalisation officielle de l’accord, y travaille encore. Beats est parvenue à réunir les équipes historiques de la marque tout en y ajoutant une partie de l’expertise d’Apple.
La première étape de la visite ne concernait toutefois pas l’ingénierie, mais l’équipe chargée des modèles personnalisés.
Des casques Studio Pro et Solo impossibles à acheter dans le commerce étaient répartis sur les bureaux. Certains n’existaient qu’en un seul exemplaire, spécialement fabriqué pour un athlète, un musicien ou une célébrité. D’autres avaient été produits à seulement quelques centaines d’unités.
Un modèle présentait une texture brute rappelant du ciment sur les écouteurs. Un autre expérimentait des matériaux complètement différents pour le célèbre « b » de Beats. Chaque création semblait offrir l’occasion d’essayer quelque chose de nouveau.
L’équipe reste remarquablement petite. Elle se compose de designers et d’artisans dont le travail consiste à expérimenter. Certains entretiennent les relations avec les personnalités, déterminent ce qui compte pour elles, puis transmettent ces informations aux designers. Ces derniers jouent ensuite avec les couleurs et les finitions jusqu’à obtenir un modèle suffisamment intéressant pour être fabriqué.
Chris Thorne, directeur marketing et responsable produit de Beats, explique que le processus fonctionne dans les deux sens. L’équipe peut parfois surprendre une personnalité en lui présentant directement un casque spécialement conçu pour elle, dans l’espoir de provoquer un véritable effet de surprise. Dans d’autres cas, la personne participe au processus et présente une idée associée à quelque chose de particulièrement important à ses yeux, afin de savoir s’il serait possible d’en faire un casque.
À l’étage, dans une sorte de laboratoire, un mur rassemble ce qui ne représente probablement que 10 à 20 % de tous les modèles personnalisés jamais fabriqués par Beats. Un casque destiné à Lionel Messi affiche l’Inter Miami sur un écouteur et l’Argentine sur l’autre. Un autre célèbre LeBron James et son fils. D’autres ont été conçus pour la fête de fin d’année de Kim Kardashian.
Pour Schusser, ce mur démontre une démarche volontaire. Beats se trouve au centre de la culture, du sport, de la mode et du divertissement. Mais aucun de ces univers n’existerait sans la musique comme fondation. Elle constitue le fil conducteur qui les relie tous.
Un modèle familier apparaît ensuite. Lors d’un précédent tournoi de la FIFA, les joueurs portant des produits Beats avaient dû masquer le logo avec du ruban adhésif, car la FIFA compte une autre marque de casques parmi ses partenaires. Au lieu de considérer cette obligation comme un problème, Beats a décidé de l’exploiter pleinement. Le mur accueille ainsi des modèles personnalisés sur lesquels des croix sont imprimées par-dessus le logo Beats. La restriction elle-même est devenue un élément du design.
Ce fonctionnement se répète constamment. Une fois remarqué, il devient impossible de ne plus le voir. Beats avait dévoilé indirectement les Powerbeats Pro 2 en les faisant porter à Shohei Ohtani. La marque applique actuellement la même stratégie avec le casque circum-aural que personne ne peut encore acheter.
Bien avant que le public découvre un nouveau produit Beats, l’entreprise le confie souvent à des athlètes, des musiciens et des créateurs. Les discussions commencent ainsi plusieurs mois avant même qu’un événement de lancement soit programmé.
Cette méthode fonctionne grâce à ce que la marque représente désormais pour ces personnalités. D’après Schusser, Beats a transformé les casques, autrefois considérés comme de simples accessoires fonctionnels, en quelque chose de beaucoup plus important. Ils sont devenus des symboles mondiaux de statut et de véritables icônes culturelles.
Les athlètes, les musiciens et les célébrités les ont adoptés. Ils se sont progressivement intégrés au hip-hop, au sport et au streetwear, comme une manière d’exprimer son style et son identité.
La salle consacrée aux modèles personnalisés remplit toutefois une autre fonction, probablement la plus surprenante. De nombreuses couleurs, finitions et matières d’abord expérimentées ici finissent par intégrer des produits réellement commercialisés.
Thorne décrit cette équipe comme un incubateur. Selon ses propres termes, elle constitue une plateforme d’expérimentation véritablement différente de ce qui existe dans cette catégorie.
Ces créations uniques permettent d’explorer le processus, les couleurs, les matières, les finitions et différentes manières d’envisager un casque. Au fil du temps, ces essais débouchent sur des produits destinés au grand public. Une texture imaginée pour un seul athlète peut ainsi devenir plusieurs années plus tard une couleur proposée dans le commerce.
Cette salle ne se contente donc pas de préserver l’histoire de Beats. Elle sert de laboratoire de recherche, ou de terrain de jeu expérimental, pour les futurs produits de la marque.
En quittant cet espace, Beats pourrait facilement passer pour une entreprise principalement tournée vers le marketing. L’étape suivante a toutefois permis de découvrir ce qui se cache réellement sous la surface.
L'autre facette de l'histoire
Le bâtiment consacré à l’ingénierie occupe un espace séparé. C’est ici que Beats affirme pleinement son statut de fabricant de matériel.
Schusser résume clairement la situation. Les personnes qui découvrent Beats sont parfois surprises d’apprendre à quel point l’histoire de la marque repose fondamentalement sur l’ingénierie. Les investissements consacrés au matériel, aux tests, aux réglages, ainsi qu’à la science du maintien et du son restent invisibles depuis l’extérieur. Ils constituent pourtant la base de tout le reste.
Certains laboratoires étudient les oreilles humaines, selon une discipline également évoquée par Apple pour les AirPods. Les données obtenues alimentent la conception des écouteurs intra-auriculaires comme les Solo Buds et les Powerbeats Pro 2, mais aussi celle des casques circum-auraux.
Un laboratoire qualité regroupe plusieurs machines chargées de tester les produits terminés, mais également les appareils retournés par les clients. Lorsqu’un problème apparaît dans le monde réel, Beats cherche à en déterminer la cause grâce à toute une série d’équipements spécialisés.
Viennent ensuite les chambres anéchoïques. Beats en possède cinq. Deux sont suffisamment grandes pour qu’une personne puisse y entrer. Une fois la porte refermée et les pieds posés sur le sol suspendu, le silence devient suffisamment profond pour entendre les battements de son propre cœur.
Ces pièces servent à analyser la qualité audio, la réduction active du bruit et la captation de la voix. L’une d’elles accueille un mannequin équipé de différents composants, sur lequel les casques sont installés. Des chambres plus petites sont également disponibles. Elles conviennent mieux aux tests d’une enceinte comme la Pill.
Plus loin dans le couloir se trouvent la salle d’écoute et le studio de réglage, où chaque produit Beats reçoit sa signature sonore définitive.
Costello dirige l’ingénierie et les opérations de l’ensemble des produits Beats. Cela comprend les écouteurs, les casques, les câbles, les étuis et la Pill. Il exerce cette fonction depuis suffisamment longtemps pour avoir vu la marque passer du statut d’entreprise indépendante à celui de filiale d’Apple.
Lorsqu’il lui est demandé ce qui a changé et ce qui est resté identique, sa réponse commence par ce qui n’a pas bougé.
« Nous avons essayé de rester fidèles aux origines de la marque », explique-t-il. « À mesure que la gamme a évolué, l’une de nos principales priorités consistait à créer des produits dont Beats comme Apple pourraient être fiers. »
Le son Beats, 20 ans d'histoire
Les personnes ayant toujours considéré Beats comme une marque privilégiant avant tout les basses ne seront pas entièrement contredites par Costello au sujet des premières années.
« Au début, le son était extrêmement chargé dans les graves », reconnaît-il, avant de préciser qu’il a depuis évolué. La signature sonore s’est progressivement orientée vers davantage d’équilibre. Il insiste toutefois sur le fait qu’il s’agit d’une négociation plutôt que d’une correction. La recherche porte toujours sur l’équilibre, tout en tenant compte de ce que les clients apprécient.
Le principal changement concerne, selon lui, la vitesse de cette boucle. La réactivité en temps réel des clients et les retours transmis ont beaucoup évolué au cours des 15 dernières années. Beats peut désormais s’adapter rapidement.
Il décrit un processus de développement fonctionnant simultanément dans deux directions. D’un côté, une approche tournée vers l’avenir exploite les technologies développées par Apple et permet de connaître les innovations en préparation. De l’autre, les commentaires des clients sont pris en compte.
Le développement associe ainsi une démarche prospective axée sur la technologie à une forme d’ingénierie inversée, afin de continuer à améliorer les produits.
« Tout le monde disait que ça ne marcherait pas »
Lorsqu’on demande à Costello de citer sa plus grande fierté, il ne mentionne aucun produit phare. Il préfère parler de l’ailette des Powerbeats Fit, cette extrémité flexible qui maintient l’écouteur en place.
Au début de sa conception, tout le monde estimait que cette solution ne fonctionnerait pas. Elle semblait se situer maladroitement entre un écouteur classique et un contour d’oreille. Elle risquait de ne pas être assez stable, ni assez flexible.
Costello continue pourtant de l’apprécier. Le système lui paraît particulièrement fluide et simple. Il convient aussi bien au sport qu’à un port prolongé tout au long de la journée.
Pour parvenir à cette ailette définitive, l’équipe a étudié des centaines de variantes. Ce type de démarche est revenu à plusieurs reprises pendant la visite. Réduire la taille du boîtier des Powerbeats tout en maintenant solidement les écouteurs à l’intérieur représentait, selon Costello, un véritable projet scientifique.
Les Beats Studio Buds ont également introduit une puce personnalisée, une première pour la marque. Cette décision reposait sur une idée qui avait d’abord déconcerté les équipes internes lorsqu’elle avait été présentée.
Beats avait choisi de miser sur une compatibilité avec les deux principaux écosystèmes. Lors des premières discussions autour de ce concept, beaucoup se demandaient ce que cela signifiait exactement. La réponse tenait en quelques mots : Google et Apple réunis.
Le pari a fonctionné et produit un résultat qu’aucune couleur personnalisée n’aurait pu offrir. Il a élargi le marché potentiel de Beats. Cette réponse explique probablement mieux que toute autre pourquoi Apple continue de faire vivre la marque.
Costello décrit l’ensemble de la gamme comme volontairement conçu pour compléter les AirPods, dans le cadre d’un projet remontant à 2016. Il considère cette complémentarité comme l’un des secrets de la dernière décennie.
Beats vend des produits aux utilisateurs d’Android. Beats occupe des niveaux de prix sur lesquels Apple n’est pas présente. Beats conçoit des produits sportifs, dotés d’ailettes et proposés dans des couleurs vives. La marque Apple ne pourrait pas adopter ces caractéristiques sans devenir quelque chose de différent.
La gamme Studio Buds a réservé une autre surprise, née dans l’atelier plutôt que dans la feuille de route. Costello et Thorne ont expliqué ensemble comment elle avait vu le jour.
Selon Costello, tout s’est produit presque accidentellement. Lorsqu’un produit est développé à partir de zéro, l’équipe fabrique une version transparente afin d’observer ce qui se passe à l’intérieur. Apple comme Beats accordent une grande importance à la forme extérieure, mais aussi aux composants internes.
Une version transparente a donc été fabriquée puis montrée à Thorne, présent juste à côté pendant la discussion. Celui-ci a immédiatement eu quelques idées.
Thorne explique que les équipes marketing demandent parfois l’impossible aux ingénieurs, qui trouvent ensuite un moyen de le réaliser. La version transparente des Studio Buds + n’avait jamais été destinée à la production. Le marketing a pourtant immédiatement souhaité en faire un véritable produit.
La demande est arrivée au dernier moment et paraissait totalement déraisonnable. Les équipes sont néanmoins parvenues à la concrétiser.
« Il a fallu tout ajuster », explique Costello. Chaque composant devait se trouver au bon endroit et présenter l’apparence attendue afin que le produit puisse être fabriqué et commercialisé. La transformation a toutefois été réalisée en très peu de temps, dans le cadre d’un projet particulièrement amusant.
Le modèle a été commercialisé et a reçu un bon accueil. Mais surtout, il a influencé ce qui est arrivé ensuite.
Selon Thorne, les consommateurs l’ont beaucoup apprécié parce qu’il semblait véritablement spécial et unique. D’autres couleurs intéressantes étaient proposées, mais la version transparente des Studio Buds + a suscité un enthousiasme particulier. Lorsque le développement des Solo Buds a commencé, cette finition faisait donc déjà partie des objectifs.
Des écouteurs avec un boîtier qui ne sert à rien
Cela conduit aux Solo Buds, vendus 89,95 euros et probablement représentatifs de la manière dont l’équipe Beats réfléchit. Leur boîtier de transport ne contient aucune batterie, aucun circuit de recharge et aucun bouton d’appairage. Ce choix a naturellement surpris, aussi bien en interne qu’à l’extérieur.
Les Solo Buds disposent finalement du plus petit boîtier jamais commercialisé par Beats, mais également du plus petit jamais fabriqué par Apple.
Tout le monde se demandait pourquoi l’équipe avait pris une telle décision. Pourtant, le concept a fonctionné. Le produit s’est révélé convaincant et l’autonomie des écouteurs suffit réellement à une journée complète d’utilisation.
L’aspect véritablement ingénieux tient au fait que cette décision impose toutes celles qui suivent.
Si le boîtier ne peut pas recharger les écouteurs, ces derniers doivent fonctionner seuls pendant toute une journée. Ils utilisent donc une cellule personnalisée offrant jusqu’à 18 heures d’autonomie, soit davantage sur une seule charge que la plupart des écouteurs haut de gamme.
Et si le boîtier ne contient aucun composant électronique, il ne peut transmettre aucune information aux écouteurs, y compris signaler son ouverture.
La solution repose donc sur un interrupteur physique dissimulé à l’intérieur du boîtier. Dès que le couvercle est soulevé, il ordonne aux écouteurs de s’activer, de lancer l’appairage et d’effectuer leurs vérifications. Tout le travail réel est réalisé directement par les écouteurs gauche et droit.
L’expérience paraît parfaitement ordinaire. Il suffit d’ouvrir le boîtier à proximité d’un iPhone ou d’un smartphone Android pour voir apparaître la fenêtre d’appairage. Elle reste pourtant remarquable, puisque tout se produit sans aucun composant électronique dans le boîtier.
Ce qu'Apple leur a réellement offert
Costello décrit clairement ce que le rachat a changé.
Beats a conservé son identité du point de vue du format et du design, tout en bénéficiant de l’infrastructure d’Apple. La fiabilité, la qualité, l’impact environnemental et les performances sans fil sont désormais testés exactement comme pour les propres produits d’Apple.
Costello se dit impressionné par la distance qu’il est aujourd’hui possible de parcourir dans une pièce tout en conservant une connexion Bluetooth stable avec les produits les plus récents de la marque.
Nous avons pu conserver notre identité et créer des produits propres à Beats, tout en profitant des capacités exceptionnelles de l’écosystème Apple
Matthew Costello, vice-président de l’ingénierie matérielle chez Apple
Costello explique que les équipes de Beats ont énormément appris auprès de celles de Cupertino. Elles ont profité de technologies centrales, de processus et d’une certaine rigueur.
« Nous avons pu conserver notre identité et créer des produits propres à Beats, tout en profitant des capacités exceptionnelles de l’écosystème Apple », explique-t-il. « C’est ce qui a tout débloqué au cours de ces presque 12 dernières années. »
Cette évolution ne s’est pas produite immédiatement. Costello reconnaît qu’il a fallu du temps pour trouver le bon rythme. Les dernières années ont toutefois été les plus intéressantes.
Il explique également clairement ce qui motive l’équipe à rester. L’avantage d’appartenir à Apple tient au caractère exceptionnel de ses technologies. De nouvelles possibilités apparaissent constamment. Certaines sont encore explorées ou prototypées, tandis que d’autres peuvent être transformées en véritables produits.
Les ingénieurs restent également intéressés lorsqu’ils doivent résoudre des problèmes réellement difficiles. Selon Costello, ils apprécient les défis complexes et ne souhaitent pas répéter exactement le même travail année après année.
L’équipe cherche donc des objectifs susceptibles de constituer de véritables étapes ou accomplissements. Elle remonte ensuite le processus depuis ce résultat afin de déterminer comment l’atteindre.
« Élargir le champ de vision »
L’élargissement du champ d’action de la marque semble particulièrement enthousiasmer Costello.
Beats possède l’avantage de pouvoir explorer un très grand nombre de directions. Cela permet de réfléchir à de nouvelles catégories, à de nouveaux types de produits et à de nouvelles déclinaisons au sein des catégories existantes. L’équipe ne manque manifestement pas d’idées inattendues.
Quelques instants plus tard, Costello résume cette évolution plus simplement. Beats a élargi le champ des possibilités offertes à la marque.
Thorne évoque plus directement l’attrait de cette liberté. Il aime surprendre et proposer aux consommateurs quelque chose qu’ils n’avaient pas anticipé. Il cite notamment l’arrivée de Beats sur le marché des coques pour iPhone. Selon lui, personne ne s’y attendait, ce qui rendait précisément cette initiative intéressante.
Cette logique commence, selon lui, par ce que les consommateurs expriment. Lorsqu’une occasion se présente de créer un excellent produit suffisamment différent de ce qui existe déjà, Beats échange avec le public, analyse les données et les tendances, puis observe les réactions sur les réseaux sociaux.
La marque cherche à comprendre quels produits intéressent les consommateurs et ce qui leur semble manquer sur le marché. Lorsqu’une opportunité apparaît, elle choisit de l’explorer.
Thorne précise également que ces produits ne doivent pas nécessairement appartenir au domaine de l’audio. Beats peut s’étendre à d’autres secteurs, à condition de toujours les aborder à travers son style, son design et ses couleurs.
Les câbles USB-C et Lightning de Beats reprennent la durabilité et les performances des modèles d’Apple, tout en proposant des couleurs plus amusantes et davantage de longueurs. Plus important encore, ils ont permis de réduire le prix.
Il s’agit de câbles relativement haut de gamme, dotés d’un revêtement tressé résistant et soumis à des tests rigoureux contre les ruptures, tout en restant proposés à des tarifs raisonnables.
Et maintenant ?
Au moment de publier cet article, Beats n’a encore fait aucune annonce officielle concernant le futur casque circum-aural aperçu sur des athlètes et des célébrités.
Interrogé sur le sujet, Schusser reste volontairement évasif. Il ne peut pas en dire beaucoup, mais rappelle que Beats possède la capacité de présenter ses produits de manière créative et inattendue. La marque se dit également très enthousiaste à l’idée de dévoiler ce qui arrive.
Cette déclaration révèle peu de choses, mais certaines hypothèses peuvent être formulées au sujet de ce casque haut de gamme, qui semble offrir de nombreuses possibilités de personnalisation.
Le Studio Pro étant déjà commercialisé, Beats pourrait viser les AirPods Max d’Apple, la gamme QuietComfort de Bose et le WH-1000XM6 de Sony, entre autres. Le marché reste très concurrentiel. Mais au regard des nombreux styles déjà aperçus, et à condition qu’une partie du travail de l’équipe chargée des modèles personnalisés atteigne le grand public, Beats pourrait proposer sa signature sonore dans un casque circum-aural approuvé par les athlètes.
Ce nouveau modèle pourrait également se révéler plus robuste et permettre d’associer différentes couleurs ou finitions.
Ce casque devrait également permettre à Beats d’améliorer encore sa qualité audio, de renforcer la réduction active du bruit et le mode Transparence, voire de s’inspirer de certains concurrents grâce à l’intégration de deux puces.
L’avenir apportera la réponse. Mais puisque les premières apparitions ont déjà commencé, une présentation avant la fin de l’année 2026 semble probable.
Sa compatibilité avec l’iPhone comme avec Android paraît également quasiment certaine. Même si Apple possède et dirige Beats, le groupe souhaite clairement que la marque continue de se développer. Elle peut ainsi répondre aux attentes de ses propres utilisateurs, qui recherchent des couleurs originales, un son puissant et un design distinctif, tout en touchant ceux qui préfèrent un produit indépendant de leur plateforme.
Vingt ans après sa création et plus de dix ans après son intégration à Apple, le géant technologique de Cupertino semble donc avoir eu raison de réaliser cette acquisition.
Apple laisse Beats rester une marque culturelle autant qu’une entreprise audio. Elle continue d’inspirer des imitateurs, tout en sachant qu’elle ne peut pas simplement se reposer sur ses acquis. Elle est encouragée à aller plus loin, qu’il s’agisse d’explorer de nouvelles catégories comme les coques et les câbles, de rendre sa signature sonore plus accessible, de revenir sur des marchés autrefois abandonnés ou de créer quelque chose de totalement nouveau.
Seul l’avenir permettra de connaître la suite. Mais Beats semble bien décidée à continuer de faire vivre le rythme.
- Les meilleurs casques audio pour tous les budgets, testés en conditions réelles par nos experts
- Les meilleurs casques supra-auriculaires pour tous les budgets, testés par nos experts
- Les meilleurs casques audio anti-bruit pour tous les budgets, testés par nos experts

Jacob Krol is the US Managing Editor, News for TechRadar. He’s been writing about technology since he was 14 when he started his own tech blog. Since then Jacob has worked for a plethora of publications including CNN Underscored, TheStreet, Parade, Men’s Journal, Mashable, CNET, and CNBC among others.
He specializes in covering companies like Apple, Samsung, and Google and going hands-on with mobile devices, smart home gadgets, TVs, and wearables. In his spare time, you can find Jacob listening to Bruce Springsteen, building a Lego set, or binge-watching the latest from Disney, Marvel, or Star Wars.