Montres et lunettes connectées pourraient enfin devenir vraiment intelligentes grâce à Qualcomm et MediaTek
L’IA au poignet
Avec toutes les discussions autour des superpuces qui alimentent l’inférence de l’IA dans les centres de données, ou encore d’architectures comme Spark RTX, qui portent les capacités d’IA sous Windows à des niveaux inédits, il est facile d’oublier les importantes marges de progression qui subsistent dans certaines catégories d’appareils particulièrement exigeantes en matière de gestion de l’énergie, notamment l’Internet des objets et les appareils portables.
Pour des produits comme les capteurs environnementaux, qui doivent parfois transmettre des informations depuis des zones reculées, une autonomie mesurée en années peut s’avérer essentielle. À l’inverse, les petits appareils portables, comme les bagues, les montres et les pendentifs, nécessitent des batteries plus petites, tandis que leurs fonctions de suivi des biomarqueurs
Deux des plus grands fournisseurs de systèmes sur puce ont toutefois décidé de s’attaquer à l’un de ces marchés, en apportant des améliorations majeures aux gammes de produits qui lui sont destinées.
Genio se prépare à l’IA physique
MediaTek cible depuis longtemps le marché de l’Internet des objets, qui regroupe une grande variété d’applications, comme l’affichage numérique, les capteurs pour villes intelligentes, le commerce de détail et la robotique industrielle. Ce dernier secteur se tourne de plus en plus vers l’IA physique, qui permet à l’intelligence des machines d’égaler leur capacité à soulever et déplacer des objets.
L’entreprise cherche à accélérer le développement de ce marché avec sa nouvelle puce IoT Genio Pro 5100. Gravée selon un procédé de pointe en 3 nm, elle associe des performances de processeur comparables à celles des puces Intel Core, l’architecture graphique Immortalis d’Arm et un puissant processeur neuronal.
De nombreuses applications IoT étant consacrées à l’analyse d’images, la puce peut prendre en charge jusqu’à 16 flux de caméras en Full HD ou deux flux en 4K, dans les deux cas à 30 images par seconde. Elle prend également en charge des modèles vision-langage optimisés pour la plateforme.
La robotique représente l’un des domaines d’application qui progressent le plus rapidement pour ce type de puces. MediaTek prend en charge Linux, mais aussi ROS, le système d’exploitation robotique, pour des applications liées à l’automatisation industrielle, au transport, à la logistique et à l’hôtellerie. L’entreprise prévoit également d’assurer le suivi de cette gamme pendant sept à douze ans.
Même si le Genio Pro n’intègre aucune connectivité sans fil, des modules sont disponibles pour le Wi-Fi, le Bluetooth et les réseaux mobiles, notamment la technologie 5G RedCap à basse consommation.
Une nouvelle génération d’appareils portables
Qualcomm est présent depuis plusieurs années sur le marché des appareils portables. L’entreprise avait même commercialisé sa propre montre connectée, baptisée Toq, même si celle-ci servait surtout à mettre en avant sa technologie d’écran Mirasol, abandonnée depuis.
Différentes versions de sa puce W5 ont équipé les dernières générations de montres Pixel. Le nouveau Snapdragon Wear Elite représente une avancée majeure en matière de performances par rapport au précédent W5. Comme la génération actuelle de la puce IoT Genio de MediaTek, ce dernier restera toutefois commercialisé pour les appareils plus sensibles au prix.
Le nouveau système sur puce, lui aussi gravé selon un procédé en 3 nm comme le Genio Pro, promet des améliorations dans quatre domaines principaux, à savoir la connectivité à très basse consommation, les îlots basse consommation, les performances et l’expérience utilisateur. Alors que les appareils portables devront appliquer instantanément des traitements d’IA aux informations qui nous entourent, Qualcomm a mis en place une architecture reposant sur deux processeurs neuronaux.
Le processeur neuronal principal peut gérer un niveau de traitement des tokens comparable à celui d’un smartphone vieux de deux ans, soit environ 18 à 20 tokens par seconde pour un modèle comptant près d’un milliard de paramètres. Un nouveau processeur eNPU a toutefois été conçu pour prendre en charge les tâches exigeant des réponses rapides, comme l’activation vocale et la réduction active du bruit, tout en permettant plusieurs jours d’utilisation entre deux recharges.
La nouvelle puce prend également en charge le Wi-Fi à très basse consommation de Qualcomm, qui consomme 80 % d’énergie en moins que la génération précédente. Elle est aussi compatible avec la norme mobile 5G RedCap à basse consommation et avec la connectivité par satellite.
Cette flexibilité doit contribuer à favoriser la prochaine vague d’applications pour appareils portables, comme le coaching consacré à la santé et au sport, l’enregistrement numérique de la vie quotidienne, la traduction directement sur l’appareil et l’authentification par USB à l’aide de normes comme Aliro, une norme apparentée à Matter.
Lors du Mobile World Congress, Samsung, Motorola et Google ont annoncé leur prise en charge du Snapdragon Wear Elite. Samsung a notamment indiqué que la nouvelle puce équiperait au moins une version de la Galaxy Watch 9.
Beaucoup plus d’appareils reposant sur les avancées réalisées par les deux entreprises devraient toutefois arriver à partir de 2027. Ils apporteront de nouveaux niveaux d’intelligence aux produits qui nous accompagnent en permanence, mais aussi à de nombreux appareils qui travaillent discrètement pour nous.
Ross Rubin is the founder and principal analyst at Reticle Research, a technology research and advisory firm. Ross has been an industry analyst focusing on innovation in products, services, and enabling infrastructure in the tech, media and telecom markets for more than 30 years, writing columns for Engadget, ZDNet, and Fast Company, among other publications. You can contact him on LinkediIn and BlueSky.
