Réseaux sociaux : la France dégaine une loi-choc pour protéger les ados

Emmanuel Macron delivering a speech in sunglasses
(Crédit photo: Getty Images / Bloomberg)

  • Les députés français ont voté en faveur d’une interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs
  • La loi n’est pas encore adoptée : elle doit d’abord être validée par le Sénat
  • Une fois en vigueur, les moins de 15 ans ne pourront plus accéder aux plateformes sociales

Les députés viennent de voter à 116 voix contre 23 en faveur d’une interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs – une décision qualifiée de « grande avancée » dans la protection des enfants et adolescents en ligne.

Sans surprise, cette proposition ne fait pas l’unanimité.

Le texte n’est pas encore devenu loi – le Sénat doit encore l’approuver, et certains estiment qu’il pourrait être bloqué au regard du droit européen, comme un projet similaire stoppé en 2023 – mais il s’inscrit dans la continuité de mesures déjà vues en Australie, au Royaume-Uni et dans plusieurs États américains.

Dans une vidéo consacrée à ce projet, le président Emmanuel Macron a déclaré : « Les émotions de nos enfants et adolescents ne sont ni à vendre ni à manipuler, que ce soit par des plateformes américaines ou des algorithmes chinois », visant clairement Instagram, X (ex-Twitter) ou TikTok.

Social Media

(Image credit: Shutterstock)

Une fois la loi mise en place, ces plateformes et d’autres devront vérifier l’âge des utilisateurs français ou leur interdire l’accès. Un dispositif de vérification d’âge pourrait d’ailleurs être instauré à l’échelle européenne. La France serait ainsi la première à franchir ce cap, tandis que l’Irlande, l’Espagne et le Danemark envisagent des mesures similaires.

Si de nombreux parents, élus et même certains enfants y sont favorables, d’autres se montrent bien plus critiques.

Une simple consultation des réseaux sociaux (ironiquement) suffit à constater l’émergence de commentaires dénonçant une « dérive législative ». D’autres s’inquiètent de devoir partager leurs pièces d’identité en ligne – surtout après plusieurs fuites de données dans des pays ayant adopté ce type de réglementation, comme cette faille sur Discord ayant permis le vol de milliers de photos de documents officiels.

Le moindre mal des deux

Les études montrant les effets nocifs des réseaux sociaux sur la santé mentale sont nombreuses – certaines émanent même des entreprises concernées. Les dérives liées à leur utilisation sont tout aussi bien documentées, que ce soit par les utilisateurs eux-mêmes ou par les plateformes. Dernier exemple en date : l’outil Grok utilisé pour générer des images explicites de femmes et d’enfants, ou les révélations de lanceurs d’alerte selon lesquelles Meta ciblerait les utilisateurs avec des publicités basées sur leur état émotionnel (ce que Meta a nié, tout en reconnaissant avoir mené des recherches sur le sujet dès 2017).

Elon Musk and Grok.

(Image credit: Shutterstock/JR des)

En parallèle, la valeur des réseaux sociaux n’est pas à nier. YouTube et TikTok peuvent être de formidables outils éducatifs, permettre l’accès à des sources d’information précieuses, offrir des espaces d’expression collective ou tout simplement permettre à chacun de trouver une communauté, en ligne, là où elle fait défaut localement.

Mais ces bénéfices compensent-ils les dérives ?

Difficile à dire. Entre deux extrêmes, l’interdiction semble préférable – ne serait-ce que pour obliger les plateformes à enfin se responsabiliser.

Une approche plus nuancée serait cependant idéale.

Un système de vérification d’identité, à la fois sécurisé et respectueux de la vie privée, permettrait de vérifier l’âge et l’humanité des utilisateurs, tout en s’attaquant aux problèmes plus larges des réseaux sociaux, qui touchent bien au-delà des seuls mineurs. Cela donnerait aussi aux parents le droit de décider si leur enfant peut ou non accéder à certaines plateformes.

Mais ce serait peut-être trop demander à des responsables politiques qui manquent parfois de culture numérique. Reste à voir si les prochaines lois à venir en 2026 parviendront à prouver le contraire et à instaurer un modèle plus équilibré.


Adrien Bar Hiyé
Senior Editor

Quand je ne suis pas en train de plonger dans le monde fascinant de la finance et des nouvelles technologies, vous me trouverez probablement en train de parcourir le globe ou de conquérir de nouveaux mondes virtuels sur ma console de jeux.

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