QuitGPT : la révolte virale qui veut faire tomber ChatGPT

QuitGPT
(Crédit photo: QuitGPT)

  • QuitGPT est un mouvement qui encourage les abonnés à ChatGPT à résilier leur abonnement
  • Les organisateurs pointent les dons effectués par la direction d’OpenAI ainsi que les contrats publics liés à l’IA comme motifs de cette démarche
  • La campagne a pris de l’ampleur, avec des milliers de personnes s’engageant en ligne à quitter le service

L’immense popularité de ChatGPT traverse un moment de turbulence venu d’un angle inattendu. Le mouvement QuitGPT est né d’une coalition informelle d’activistes et d’organisateurs numériques après la révélation, dans des documents publics, que le président d’OpenAI Greg Brockman et son épouse ont chacun versé 12,5 millions de dollars au super PAC pro-Trump MAGA Inc.

La liste des raisons invoquées par le groupe pour éviter de dépenser de l’argent dans des produits OpenAI comme ChatGPT s’est depuis élargie. Elle inclut désormais des critiques visant les accords conclus par l’entreprise avec des agences fédérales pour fournir des outils d’IA reposant sur des modèles OpenAI. OpenAI n’a pas répondu publiquement à la campagne, mais QuitGPT est rapidement devenu l’une des tentatives les plus visibles pour utiliser l’économie des abonnements comme levier contre une grande entreprise d’intelligence artificielle.

Les chiffres sont difficiles à vérifier de manière indépendante, mais les organisateurs affirment que plus de 17 000 personnes ont signé un engagement sur le site de la campagne, déclarant avoir résilié ou vouloir résilier leur abonnement à ChatGPT.

La publication des dons de Brockman le mois dernier a constitué un point de bascule pour de nombreux organisateurs. D’autres les ont rejoints, estimant que le fait que l’agence américaine Immigration and Customs Enforcement utilise un système de tri de CV reposant sur un modèle OpenAI représentait la limite à ne pas franchir. L’ICE fait actuellement l’objet de vives critiques, et le lien de ChatGPT avec cette agence, aussi indirect soit-il, pourrait peser sur les ambitions de l’entreprise.

L’idée que les abonnements à ChatGPT puissent indirectement soutenir une entreprise dont les outils sont intégrés à des opérations fédérales controversées a donné au boycott une dimension morale dépassant le simple désaccord partisan.

Sam Altman

Sam Altman, PDG d'OpenAI, a supervisé la transition d'OpenAI vers une société à but lucratif en 2025. (Image credit: Getty Images / Justin Sullivan)

Repli de QuitGPT

Les motivations ne sont qu’un des éléments qui distinguent QuitGPT des autres tentatives de boycott. La nature même de la cible est inhabituelle. ChatGPT n’est ni une paire de baskets, ni une boisson, ni un produit de consommation classique. Il s’agit d’un assistant numérique intégré, de manière unique pour chacun, dans la vie personnelle et professionnelle de nombreux utilisateurs.

Résilier ChatGPT ne revient pas simplement à choisir une autre boisson ou une autre marque de chaussures similaire. Cela implique un véritable désagrément pratique. Pour celles et ceux qui s’appuient fortement sur ChatGPT, le compromis est plus profond.

La frustration politique, combinée aux critiques habituelles adressées à chaque nouvelle version de ChatGPT, critiques accentuées depuis le retrait du modèle populaire GPT-4o et l’introduction de liens sponsorisés sur la plateforme, a nourri un sentiment plus large de désillusion et une volonté accrue de contester la société mère.

OpenAI a été lancée comme une organisation à but non lucratif affirmant défendre les intérêts de l’humanité dans la course à l’Intelligence Artificielle Générale (AGI). L’entreprise a changé de statut l’an dernier pour devenir une société à but lucratif, ce qui a déçu nombre d’observateurs.

Dans le même temps, des concurrents comme Google avec Gemini et Anthropic avec Claude se tiennent prêts à accueillir les utilisateurs disposés à migrer. Le site de QuitGPT encourage d’ailleurs l’exploration d’alternatives.

La question de savoir si les outils numériques peuvent rester politiquement neutres semble de plus en plus recevoir une réponse négative. Les entreprises technologiques pouvaient autrefois cultiver une image apolitique et refuser d’être associées aux opinions politiques de leurs clients. Une telle posture paraît désormais difficile à maintenir, tant l’attention portée aux dons des dirigeants, aux contrats publics et aux positions politiques des entreprises s’est accrue.

Même si QuitGPT ne modifie pas de manière spectaculaire le nombre d’abonnements à ChatGPT, le mouvement met en lumière une évolution dans la perception des entreprises d’IA. La performance et la nouveauté ne constituent qu’une partie de leur valeur. D’autres dirigeants du secteur pourraient y voir un rappel clair de l’importance de la transparence politique et éthique s’ils souhaitent rester présents sur le marché de l’IA l’année prochaine.


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Adrien Bar Hiyé
Senior Editor

Quand je ne suis pas en train de plonger dans le monde fascinant de la finance et des nouvelles technologies, vous me trouverez probablement en train de parcourir le globe ou de conquérir de nouveaux mondes virtuels sur ma console de jeux.

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