Le GPS européen peut être brouillé depuis l’espace, et des chercheurs pointent du doigt des satellites russes
Navigation sous pression
- De nouvelles recherches analysent les signaux de brouillage GPS sur les sept dernières années
- Un réseau de satellites russes semble être à l’origine des interférences
- Des questions subsistent encore sur l’objectif de ces salves de 10 secondes
Perdre l’accès aux systèmes de navigation GPS n’empêcherait pas forcément de trouver son chemin jusqu’au bureau, mais cela perturberait fortement des manœuvres militaires. Cela pourrait expliquer pourquoi la Russie aurait testé un moyen de brouiller les signaux GPS à l’échelle de tout le continent européen.
L’implication et les intentions de la Russie n’ont pas été confirmées, mais une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Université du Texas à Austin et de l’Université Stanford (via Ars Technica) présente des éléments solides. Elle analyse une série d’« événements d’interférence » puissants en Europe, au Groenland et au Canada, à partir de données collectées entre 2019 et 2026.
Ces événements ont affecté les systèmes mondiaux de navigation par satellite (GNSS) sur lesquels repose le GPS. Ils peuvent être provoqués volontairement ou résulter de phénomènes naturels (comme des perturbations atmosphériques). Cette étude se concentre sur des salves d’interférences brèves, intenses et régulières, d’une durée inférieure à 10 secondes, et touchant les mêmes fréquences.
L’étude, qui n’a pas encore été évaluée par des pairs, cartographie les moments et les zones où ces signaux de brouillage apparaissent. Ils se produisent principalement pendant les heures de bureau en Europe, et surtout les mardis, mercredis et jeudis, rendant les signaux GPS plus difficiles à capter et moins fiables.
Une source potentielle
Identifier l’origine des interférences a nécessité des analyses supplémentaires. Avec l’aide d’une équipe élargie, les chercheurs ont calculé la source du brouillage en se basant sur les horaires et les positions d’un événement survenu en février 2026. Ces calculs pointent vers le satellite russe Kosmos 2546, avec une précision de cinq mètres (16,4 pieds).
Une analyse plus approfondie suggère que le reste du système auquel appartient Kosmos 2546 — le système russe Edinaya Kosmicheskaya Sistema (EKS) — serait à l’origine des interférences. L’EKS constitue le seul système d’alerte précoce de la Russie, conçu pour détecter le lancement de missiles balistiques partout sur Terre. En théorie, il fonctionne donc principalement de manière passive plutôt qu’active.
La raison de ces phénomènes reste inconnue. « Cela ressemble à une escalade majeure dans le conflit de guerre électronique en arrière-plan qui se déroule actuellement », a déclaré l’ingénieur aérospatial Todd Humphreys, l’un des chercheurs impliqués, à la chaîne YouTube de science et d’éducation Veritasium dans une analyse détaillée de l’étude.
Si les perturbations semblent délibérées, tous les experts ne sont pas convaincus d’une intention malveillante. D’autres spécialistes interrogés par The New York Times estiment que la Russie ne prendrait pas le risque de détourner son unique système d’alerte précoce pour un usage secondaire.

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