L'Ukraine dévoile un détecteur capable de voir exactement ce que filment les drones russes
Une nouvelle génération de détecteurs peut intercepter les flux vidéo adverses.
- L'entreprise ukrainienne CODE380 a développé D·Vision SDR, un détecteur capable de transformer les signaux interceptés de drones russes en flux vidéo.
- L'appareil utilise la radio logicielle pour balayer les fréquences de 500 à 8 700 MHz, sans angle mort selon ses concepteurs.
- Testé au combat par des militaires ukrainiens, le détecteur reçoit des mises à jour logicielles environ deux fois par mois.
Une équipe d'ingénieurs ukrainiens a conçu un détecteur de drones qui ne se contente pas de prévenir les soldats lorsqu'un appareil russe approche.
Il peut intercepter la liaison vidéo d'un drone et afficher en temps réel, pour son opérateur, les images exactes que filme l'appareil ennemi.
Baptisé D·Vision SDR, ce dispositif a été présenté pour la première fois par le média technologique ukrainien DOU, puis détaillé deux jours plus tard par UNITED24 Media. Il a été développé par CODE380, une entreprise de Kiev spécialisée dans les équipements de communication. Contrairement aux récepteurs analogiques classiques utilisés par de nombreux détecteurs sur le front, il repose sur la radio logicielle (software-defined radio, ou SDR). C'est cette technologie qui lui permet de transformer un signal intercepté en image.
La radio logicielle prend l'avantage
La plupart des détecteurs utilisés sur le front reposent sur des récepteurs analogiques réglés sur les bandes de fréquences employées par les drones pour leurs communications et leurs transmissions vidéo. D·Vision SDR adopte une approche différente. La radio logicielle numérise une portion du spectre radioélectrique, puis traite les signaux par logiciel. Une même plateforme peut ainsi être reconfigurée ou améliorée par programmation, sans devoir remplacer ses composants.
Selon DOU, le détecteur balaie les fréquences comprises entre 500 et 8 700 MHz afin de rechercher les signatures caractéristiques des drones. Ses concepteurs affirment couvrir toute cette plage sans angle mort, avec une sensibilité supérieure à celle des systèmes concurrents.
Le principal avantage de cette approche apparaît lorsque les drones russes changent de fréquence. Il suffit alors de mettre à jour le logiciel, plutôt que de redessiner et fabriquer un nouveau récepteur. Cette flexibilité explique pourquoi les ingénieurs spécialisés dans la lutte antidrones s'intéressent depuis plusieurs années à la SDR. Une étude publiée en 2022 dans la revue Sensors présentait déjà la détection radio reposant sur des plateformes programmables comme l'une des méthodes les plus adaptables pour identifier de petits drones.
CODE380 est une entreprise récente sur le papier, mais son équipe possède davantage d'expérience que son âge ne le laisse penser. Selon UNITED24 Media, la société a été créée il y a environ trois mois, alors que les travaux sur le détecteur avaient commencé un an et demi auparavant.
D'après DOU, le dispositif a déjà été testé sur le terrain par des militaires ukrainiens au cours de missions de combat. Les observations recueillies ont servi à améliorer sa conception. L'équipe continue de publier des mises à jour logicielles environ deux fois par mois.
Ce rythme peut sembler élevé, mais il répond directement à la situation sur le terrain. Les fréquences, systèmes de contrôle et données de télémétrie employés par les drones en Ukraine changent presque chaque semaine. Un détecteur qui ne peut pas s'adapter rapidement risque donc de devenir obsolète.
Un dispositif reposant principalement sur le logiciel peut intégrer ces changements au rythme de ses mises à jour, plutôt que d'attendre une nouvelle génération matérielle. C'est ce qui peut faire la différence entre un outil utile pendant plusieurs mois et un autre dépassé dès l'offensive suivante.
Transformer les signaux d'un drone en vidéo exploitable n'est pas un simple gadget. Cette fonction répond à un problème qui s'est aggravé au cours de l'année écoulée : les drones russes sont de plus en plus souvent équipés de caméras et pilotés directement par des opérateurs, plutôt que de se diriger uniquement vers des cibles prédéfinies.
Lorsqu'un détecteur parvient à décoder ce flux vidéo, les personnes au sol disposent du même point de vue que l'opérateur adverse. Elles peuvent savoir ce que regarde le drone, évaluer si elles constituent sa cible et prendre une décision adaptée. Dans un conflit où la détection suffisamment précoce d'un drone est devenue une question de survie, cet avantage est important.
D·Vision SDR n'est pas seul dans cette catégorie, et l'interception des images adverses devient une spécialité de plusieurs entreprises ukrainiennes. Le Vydun 7.5 de Babai peut lui aussi accéder aux flux vidéo de drones russes et détecter des appareils à plusieurs kilomètres de distance.
Des drones qui écoutent avant de frapper
D·Vision SDR n'est pas la seule innovation de détection présentée par des ingénieurs ukrainiens cette semaine-là. Le jour où UNITED24 Media décrivait ce détecteur, le média rapportait également que Ptashka Drones avait équipé ses drones FPV à fibre optique de microphones. Ceux-ci peuvent repérer des soldats ou des véhicules russes grâce au son, à plusieurs dizaines de mètres de distance.
Le principe consiste à observer son environnement de manière passive. Un drone peut rester immobile en position d'attente et écouter ce qui se passe autour de lui, au lieu de révéler sa présence en se déplaçant ou en orientant constamment sa caméra. Selon les données communiquées par le fabricant, les microphones détectent les conversations à voix haute entre 20 et 30 mètres, les véhicules légers entre 50 et 100 mètres et les véhicules lourds jusqu'à 200 mètres. Ces informations sonores permettent à l'équipage d'évaluer ce qui approche.
Les militaires ukrainiens appellent ces appareils des drones « zhdun », ou « drones attentistes » : ils se posent près d'un itinéraire susceptible d'être emprunté par les forces russes et attendent qu'une cible arrive à portée. Pour présenter cette modification, Ptashka Drones a écrit sur Telegram qu'il était important « non seulement de bien voir, mais aussi de bien entendre ». Les microphones peuvent également servir d'alerte précoce lorsqu'un drone d'attaque russe s'approche.
La principale interrogation reste la même pour les deux technologies : combien de temps leur avantage durera-t-il ? Les drones russes modifient constamment leurs communications radio, et les tactiques évoluent en conséquence. Un appareil en avance aujourd'hui peut devenir dépassé quelques semaines plus tard.
Un détecteur reconfigurable par logiciel toutes les deux semaines et un drone qui gagne un nouveau sens grâce à un microphone illustrent donc la même stratégie. Plutôt que de miser sur des caractéristiques figées, leurs concepteurs cherchent avant tout à préserver leur capacité d'adaptation. Sur ce champ de bataille, cette approche s'est souvent révélée pertinente. Mais seuls les prochains mois permettront de savoir si elle conservera son efficacité.
Quand je ne suis pas en train de plonger dans le monde fascinant de la finance et des nouvelles technologies, vous me trouverez probablement en train de parcourir le globe ou de conquérir de nouveaux mondes virtuels sur ma console de jeux.
- Rahim Amir Contributor