Ces navigateurs dopés à l'IA permettent aux pirates de multiplier les arnaques
Des outils conçus pour les professionnels sont détournés par les cybercriminels.
- Les cybercriminels utilisent des navigateurs « antidetect » pour masquer leurs appareils, détourner des comptes et échapper aux systèmes de détection des fraudes.
- Les cookies de session volés, les fausses identités et l'automatisation par IA permettent de multiplier les escroqueries et les détournements de comptes.
- Selon les chercheurs, l'intégration de l'IA à ces outils facilite considérablement les opérations frauduleuses à grande échelle.
Les cybercriminels ont commencé à intégrer les navigateurs « antidetect » à leur arsenal. Ces logiciels leur permettent d'échapper aux systèmes de détection, d'exploiter des cookies de session, de créer des milliers de faux comptes et de passer les contrôles de connaissance du client (KYC). C'est ce que révèle un rapport approfondi de Check Point Research (CPR), dont les auteurs signalent notamment des activités provenant de Russie, d'Iran et de Chine.
Que sont les navigateurs « antidetect » ?
Lorsque vous vous connectez à Facebook ou à TikTok depuis un navigateur classique, vous laissez derrière vous une empreinte numérique. Celle-ci comprend notamment la résolution de votre écran, votre système d'exploitation ou les polices installées sur votre appareil. Ces informations peuvent servir à reconnaître et à suivre un terminal au fil de ses sessions. Lorsqu'une même organisation, par exemple une agence de marketing numérique, utilise un seul navigateur pour se connecter à plusieurs comptes, cela peut déclencher une alerte de sécurité ou contrevenir aux conditions d'utilisation de certaines plateformes.
C'est précisément pour répondre à ce problème que les navigateurs « antidetect » ont été conçus. Leur principale particularité consiste à créer des profils isolés, chacun possédant sa propre empreinte numérique. Plusieurs comptes peuvent ainsi sembler provenir d'appareils totalement différents.
Ces logiciels servent généralement à administrer des comptes sur les réseaux sociaux, à gérer des campagnes publicitaires ou des boutiques en ligne. Ils sont également utilisés pour collecter automatiquement des données sur le Web ou tester des sites dans différents environnements.
Les navigateurs « antidetect » ne sont pas malveillants par nature. Ils sont principalement employés par les agences de marketing numérique et les spécialistes de l'affiliation. Mais comme beaucoup d'outils parfaitement légitimes, ils peuvent aussi être détournés par des cybercriminels pour gérer des comptes frauduleux et exploiter les possibilités offertes par cette technologie.
De nombreuses solutions sont aujourd'hui disponibles sur ce marché. Parmi les plus connues figurent Kameleo, AdsPower, Multilogin, GoLogin et Dolphin Anty.
Selon CPR, les forums clandestins regorgent de discussions consacrées à l'utilisation de ces navigateurs à des fins frauduleuses. Les échanges observés proviennent notamment d'acteurs russophones, iraniens et chinois. Ils concernent principalement Kameleo, AdsPower et Multilogin.
« Nous avons sélectionné ces outils précisément en raison des références documentées sur les forums clandestins et les marchés criminels, qui témoignent de leur adoption active au-delà de leurs usages commerciaux déclarés », expliquent les chercheurs de CPR.
L'analyse de ces discussions révèle que les cybercriminels exploitent avant tout les navigateurs « antidetect » pour réutiliser des cookies de session volés. Après avoir dérobé un cookie, ils peuvent l'injecter dans un nouveau profil de navigateur afin de prendre le contrôle du compte correspondant et de l'utiliser sans attirer l'attention. Les comptes bancaires et les portefeuilles de cryptomonnaies figurent parmi les cibles privilégiées.
L'IA vient amplifier la menace
Les banques et les portefeuilles de cryptomonnaies ne sont pas les seules cibles. Les pirates utilisent également ces navigateurs pour tester des identifiants de paiement sur des sites marchands sans déclencher d'alerte. Ils s'en servent aussi pour demander des prêts sous de fausses identités et créer massivement des comptes fictifs, ensuite exploités pour générer des revenus publicitaires frauduleux.
Parallèlement, l'intelligence artificielle facilite le passage à une tout autre échelle, souligne CPR. AdsPower propose par exemple une intégration avec les grands modèles de langage (LLM) au moyen d'un serveur Model Context Protocol (MCP). Cette technologie permet à des processus automatisés pilotés par l'IA d'interagir avec différents profils de navigateur. Grâce aux plateformes d'automatisation, le logiciel propose également des modèles prédéfinis pour publier des commentaires, attribuer des mentions « J'aime » ou envoyer des messages depuis plusieurs comptes.
L'association des navigateurs « antidetect », de la gestion automatisée des comptes et des contenus générés par IA crée un ensemble particulièrement efficace. Les cybercriminels peuvent ainsi organiser de vastes campagnes coordonnées avec une intervention humaine minimale. Ils peuvent également créer des comptes fictifs, puis les faire vivre progressivement pour leur donner une apparence légitime. Ces profils deviennent alors plus crédibles et plus difficiles à repérer lorsqu'ils sont utilisés pour des escroqueries.
« L'écosystème des navigateurs antidetect représente une infrastructure sophistiquée, commercialement mature et de plus en plus pilotée par l'IA, qui a considérablement abaissé les obstacles à la mise en place d'escroqueries, de fraudes et d'opérations coordonnées reposant sur de fausses identités à grande échelle », prévient CPR. « Ces outils commerciaux sont disponibles dans des dizaines de langues, disposent d'équipes d'assistance, sont testés quotidiennement sur les plus grandes plateformes sociales du monde et sont désormais intégrés à des processus utilisant des LLM, qui permettent de retirer l'opérateur humain de la phase d'exécution. »
Les chercheurs recommandent aux équipes de sécurité de ne plus se limiter au comportement des comptes et de surveiller davantage les infrastructures techniques. Les indicateurs à examiner comprennent notamment les proxys résidentiels, les incohérences dans les empreintes numériques des navigateurs et les comportements inhabituels liés aux cookies de session. Les plateformes sociales devraient analyser plus précisément les navigateurs « antidetect » pour comprendre comment ils contournent leurs protections. Quant aux entreprises, elles devraient vérifier que leurs systèmes de sécurité sont capables de détecter les détournements de comptes reposant sur des cookies de session.
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Quand je ne suis pas en train de plonger dans le monde fascinant de la finance et des nouvelles technologies, vous me trouverez probablement en train de parcourir le globe ou de conquérir de nouveaux mondes virtuels sur ma console de jeux.