Plus de 350 ans après sa mort, Molière renaît par l’IA dans une satire troublante de justesse

A scene from AI created L’Astrologue ou les Faux Présages (The Astrologer, or False Omens) performed by Léa Sorrentino and Melvin Fauchoux.
(Crédit photo: Stéphanie Lecocq/Reuters)

  • L’IA a passé des années à apprendre à imiter la voix théâtrale de Molière
  • Versailles a accueilli une comédie assistée par machine, inspirée du théâtre français du XVIIe siècle
  • Des chercheurs ont réécrit des milliers de fois des scènes générées par IA avant les représentations publiques

Un groupe de chercheurs de Sorbonne Université a passé deux ans et demi à apprendre à une intelligence artificielle à penser comme Molière, dramaturge du XVIIe siècle.

Le dramaturge français est souvent comparé à Shakespeare ou Mark Twain pour son poids culturel. Bien qu’il soit mort en 1673, sa voix si reconnaissable résonne aujourd’hui dans une nouvelle comédie en trois actes, L’Astrologue ou les Faux Présages, créée les 6 et 7 mai 2026.

L’équipe a nourri un outil d’IA français appelé Le Chat avec l’ensemble des écrits de Molière et une vaste documentation littéraire historique. Ce travail a impliqué environ 20 000 échanges entre chercheurs, spécialistes de littérature, linguistes, historiens et la machine.

Une expérience de deux heures à Versailles

La pièce raconte une histoire typiquement moliéresque. Un riche père parisien, guidé par un faux astrologue nommé Pseudoramus, force sa fille à épouser un vieux perruquier criblé de dettes.

Un public de 100 personnes, dont la ministre de la Culture, a assisté la semaine dernière à deux représentations à l’Opéra royal du château de Versailles.

Un spectateur a salué la réussite de l’expérience. « L’intrigue semble tellement vraie, le sujet est si proche de ce que nous avons l’habitude d’entendre dans ces pièces », a-t-il déclaré.

Chaque scène a fait l’objet de nombreuses réécritures. Le metteur en scène, Mickaël Bouffard, a reconnu que la première version produite par Le Chat ne faisait que huit pages et n’était « pas très intéressante ».

Saisissant, mais pas totalement convaincant

Les critiques ont livré des réactions contrastées. Certains ont jugé le résultat plutôt correct, tandis que d’autres n’y ont vu rien de plus qu’une œuvre ordinaire.

Christophe Séfrin, rédacteur spécialisé dans la technologie, a décrit cette imitation par IA comme « saisissante, presque déconcertante… tout à fait crédible ».

Le magazine Télérama a qualifié le projet de « folle entreprise », tout en notant que la pièce « ressemble parfois à un pastiche de l’œuvre du dramaturge ».

Cependant, un membre du public a rejeté le principe même du projet. « Un bon écrivain peut faire cela sans intelligence artificielle », a-t-il estimé.

Utiliser l’IA pour imiter Molière provoquerait normalement un tollé en France, mais le projet y a échappé car il est porté par des experts universitaires du Théâtre Molière Sorbonne.

Un récent rapport remis à l’Assemblée nationale a qualifié l’IA générative de « formidable opportunité », tout en avertissant qu’elle « constitue une menace pour de nombreux métiers du secteur culturel ».

Le rapport plaide pour un équilibre entre différentes formes de création. Le metteur en scène de la pièce estime que cet équilibre a été trouvé.

« Nous démontrons concrètement quelque chose qui peut être réalisé d’une manière nouvelle avec l’IA », a-t-il déclaré. « Non pas une pièce écrite par l’IA, mais une pièce coécrite avec elle. »

La production prévoit désormais une tournée en France et à l’étranger. Reste à savoir si les publics au-delà de la Sorbonne accueilleront favorablement un Molière assisté par machine.

L’existence même du projet révèle une tension plus profonde. L’IA peut stocker et reproduire tout un univers littéraire. Pourtant, le jugement final appartient toujours aux spectateurs vivants, attachés à l’invention humaine plutôt qu’au pastiche algorithmique.

Via The Guardian


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Efosa Udinmwen
Freelance Journalist

Efosa has been writing about technology for over 7 years, initially driven by curiosity but now fueled by a strong passion for the field. He holds both a Master's and a PhD in sciences, which provided him with a solid foundation in analytical thinking.