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Le conflit entre l’Ukraine et la Russie s’exporte même dans l’espace

Les astronautes de la capsule Crew Dragon de SpaceX lèvent le pouce devant la caméra.
(Crédit photo: SpaceX)

L'espace a toujours été un champ de bataille géopolitique, depuis le premier satellite soviétique jusqu'à la course qui se joue actuellement entre la Chine et les États-Unis. Cette fois, par le biais de SpaceX, la NASA peut éviter l'épineuse question des sanctions que vient d'annoncer la Russie à la suite de son entrée en guerre contre l’Ukraine.

Parmi les sanctions annoncées jeudi par le président américain Joe Biden figure l'interdiction d'exporter des technologies de pointe et des technologies aérospatiales, ce qui perturbera très certainement les efforts de coopération spatiale entre les deux pays, notamment en ce qui concerne l'exploitation de la Station spatiale internationale (ISS).

Bien qu'il y ait encore une foule d'implications à prendre en considération ici, compte tenu des récents développements, il y a au moins une chose dont la NASA n'aura pas à s'inquiéter : demander maladroitement à embarquer dans une fusée russe pour transporter ses astronautes vers l'ISS.

Jusqu'à récemment, la NASA sollicitait la Russie pour se rendre dans l'espace

Depuis 2011 plus exactement, l’agence spatiale américaine se tourne vers Roscosmos, son homologue russe, pour réserver des voyages au sein de ses fusées Soyouz - moyennant une prime assez élevée.

Les fusées de la famille Soyouz (lancées pour la première fois en 1966) représentent des fusées "consommables", qui sont mises au rebut et brûlent dans l'atmosphère ou s'écrasent dans l'océan après avoir épuisé leur carburant.

Il s'agit bien entendu d'une proposition coûteuse, et la NASA verse à Roscosmos jusqu'à 90 millions de dollars (environ 80 millions d’euros) pour un siège loué. Cela met la NASA dans une situation délicate, car le fait de voyager sur la fusée d'un rival géopolitique est sujet à un certain nombre de points d'étranglement. Ainsi, la Russie pourrait couper cet accès privilégié en cas de conflit - comme par exemple, l’entrée de l’armée russe en Ukraine, désapprouvée par la Maison-Blanche.

Amarrage de SpaceX à l'ISS le 31 mars 2020

(Image credit: SpaceX)

Crew Dragon de SpaceX a décollé juste à temps

Compte tenu du coût des systèmes de fusées consommables et du risque de payer une agence spatiale rivale pour des vols en fusée, il est compréhensible que la NASA cherche une meilleure solution.

Cette solution n'a pas été bon marché non plus. La NASA a choisi deux entreprises pour se disputer la chance de ramener des astronautes dans l'espace depuis le sol américain : SpaceX et Boeing.

La NASA a dépensé des milliards de dollars en contrats avec les deux sociétés pour préparer les vols spatiaux avec équipage, SpaceX étant la première des deux (en 2020) à voir sa capsule d'équipage certifiée pour transporter des astronautes dans l'espace et s'amarrer à l'ISS. 

Boeing, en revanche, n'a pas réussi à faire s'amarrer la capsule d'équipage Starliner à l'ISS, et encore moins à y faire monter un équipage. Si la NASA avait fait confiance à ce partenaire de longue date pour les missions avec équipage, elle serait soumise à un interminable statu quo - ce qui ferait de l'annonce des sanctions américaines de jeudi un véritable casse-tête pour l'agence.

Il est presque certain que toute sanction aurait exempté les passagers spatiaux de la NASA sur des fusées russes si c'était la seule option disponible. Cependant, la Russie aurait pu faire de la négociation de ces vols un point sensible. Vous pensez qu'un billet de 90 millions de dollars est cher ? Il n'y a aucune raison pour que la Russie n'ait pas pu doubler ou tripler ce prix dès aujourd’hui.

Heureusement, après avoir choisi de financer SpaceX à hauteur de 5 milliards de dollars (à peu près 4,5 milliards d’euros) au cours des dernières années, la NASA n'a pas à s'inquiéter de ses relations tendues avec la Russie. 

Roscosmos à la dérive ?

Non seulement SpaceX évite à la NASA de conclure des accords inconfortables et coûteux avec Roscosmos, mais Roscosmos risque de perdre encore plus qu'une source majeure de revenus. 

Tout d'abord, SpaceX offre une alternative moins chère à la NASA, de sorte que le flux de revenus que Roscosmos tirait de la NASA s'est entièrement tari - le dernier vol sous contrat avec la NASA sur une fusée Soyouz datant de 2020. C'était effectivement de l'argent facile que Roscosmos pouvait consacrer à la construction de fusées et à l'amélioration de ses systèmes. Désormais, cet investissement devra venir d'ailleurs.

La perte des revenus du ferry spatial n'est pas le seul problème de Roscosmos. L'agence a récemment admis que la capsule Dragon Crew de SpaceX était suffisamment sûre pour les cosmonautes russes - ce qui a permis à la Russie de réserver des places sur les vols de SpaceX au lieu d'utiliser son propre système vieillissant de fusées jetables.

Ces missions pourraient maintenant être menacées par les sanctions américaines, qui interdisent l'exportation de produits high-tech et aérospatiaux vers la Russie, ciblant spécifiquement les secteurs technologiques de pointe de ce pays. Comme les opérations spatiales. 

Nous avons contacté le bureau des opérations spatiales de la NASA pour savoir si les sanctions de jeudi empêcheront les cosmonautes de participer aux vols de SpaceX et nous mettrons cet article à jour si l'agence nous répond.

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Non seulement SpaceX ne pourra probablement pas faire affaire avec Roscosmos comme beaucoup l'espéraient, mais il est difficile de voir comment Roscosmos pourra développer elle-même des fusées réutilisables alors que les États-Unis ont actuellement le monopole de cette technologie.

Les économies permises par les fusées réutilisables libèrent un financement considérable pour des missions spatiales plus ambitieuses - comme une base lunaire et même des missions vers Mars. Les fusées réutilisables rendent également possible le développement privé de l'orbite terrestre basse. Le fait d'être privé de cette technologie à court ou moyen terme revient à abandonner ce secteur lucratif aux États-Unis et à une Chine très ambitieuse.

Roscosmos pourrait tout à fait développer cette technologie par ses propres moyens - après tout, elle compte certains des meilleurs spécialistes au monde et travaille déjà sur la conception d'une fusée Soyuz-7 partiellement réutilisable - mais cela prendra beaucoup trop de temps. Pendant que SpaceX et d'autres poussent encore plus loin l'innovation technologique. 

Roscosmos cumulerait actuellement cinq ans de retard sur SpaceX et, même dans les meilleures circonstances, de telles opérations ne devraient pas avoir lieu avant 2026. Avec les sanctions imposées jeudi, cette échéance sera encore repoussée.

En conséquence, la Russie risque de perdre ce qui est appelé à devenir l'espace 2.0, les États-Unis et la Chine prenant la tête de cette conquête spatiale autant que technologique.

John Loeffler
John Loeffler

John (He/Him) is the US Computing Editor here at TechRadar and he is also a programmer, gamer, activist, and Brooklyn College alum currently living in Brooklyn, NY. 


Named by the CTA as a CES 2020 Media Trailblazer for his science and technology reporting, John specializes in all areas of computer science, including industry news, hardware reviews, PC gaming, as well as general science writing and the social impact of the tech industry.


You can find him online on Twitter at @thisdotjohn


Currently playing: EVE Online, Elden Ring.